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#JNArchiFace au dérèglement climatique, l'avenir de la ville se trouve-t-il dans une plus grande place accordée à la nature ? À l'occasion des Journées nationales de l'architecture 2022, la rédaction de tema.archi questionne le verdissement urbain tous azimuts envisagé par les communes, au lendemain d'un été ponctué de phénomènes climatiques inquiétants.
© Yelizaveta Tomashevska
© Yelizaveta Tomashevska
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«Une infrastructure stratégique», «moins de goudron et davantage d’arbres», «une solution à prioriser», «une urgence» : dans la presse, renaturer voire réensauvager les villes sonne, au lendemain d’un été caniculaire exceptionnel, comme la solution pour ralentir les effets d’événements climatiques extrêmes sur nos zones d’habitations urbaines. Pour Sciences & Vie, l’écologue et professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle, Philippe Clergeau estime même que «la nature nous permet de survivre dans l’enfer que nous avons créé».

La nature pour soigner nos maux urbains

À l’occasion de l’interview accordée par le spécialiste au mensuel, il précise : «Au début des années 2000, les villes elles-mêmes ont commencé à s’intéresser à la nature. D’abord par l’entrée hygiéniste : on a besoin de respirer et de rafraîchir la ville, or la nature capte les particules atmosphériques et elle stocke du CO2. Mais l’entrée la plus efficace a été d’aborder les services que rend la nature, des services écologiques et écosystémiques.»

Et pour cause, c’est bien ce dont il est aujourd’hui question : végétaliser l’espace urbain permettrait de créer des ilots de fraicheur, de perméabiliser les sols, de lutter contre la pollution atmosphérique et l’érosion de la biodiversité tout en contribuant au bien-être des populations.

Le Ministère de la cohésion des territoires se faisait d’ailleurs l’écho de tous ces bénéfices dans son dossier consacré au Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) publié en février dernier. Pour atteindre ces objectifs, ll évoque un ensemble de transformations urbaines — création de parcs, de promenades arborées, vergers partagés — et mesures de sensibilisation des habitants à la place de la nature en ville.

Le sens de la cohabitation entre l’homme et la nature

Contacté par téléphone, l’enseignant-chercheur en écologie du paysage Hervé Daniel s’étonne pourtant que l’on envisage de «renaturer nos villes» : «La nature a toujours été présente dans nos villes, rappelle-t-il. Ce qui a changé, c’est plutôt le regard que l’on porte sur elle et le sens que l’on veut lui donner.»

Mais alors, comment la nature est-elle envisagée dans les politiques urbaines actuelles ? Selon le spécialiste, nous abordons ces enjeux à partir d'une «vision trop techniciste» : «On introduit de la nature en ville comme on implanterait de nouveaux bancs ou on construirait des routes, exprime-t-il, alors que ce sont des espèces vivantes qui ont leur fonctionnement propre et qui peuvent difficilement se cantonner à un espace défini.» Hervé Daniel est longuement intervenu à ce sujet à l'occasion du Festival Naturellement, 1ères Rencontres du vivant et de la Terre organisé à Rouen en mai dernier et dont les conférences sont disponibles en rediffusion [cf : nos ressources pour aller plus loin].

Pour faire «revivre des milieux» et permettre le développement de la biodiversité en ville, Hervé Daniel invite à laisser davantage d'espace en libre évolution dédié aux écosystèmes naturels. «La nature nous sert» renchérit encore Philippe Clergeau auprès de Sciences & Vie, qui estime que les limites du «verdissement de nos villes» se situe dans la «vision anthropocentrée» que nous déployons :

«Actuellement, on verdit la ville avec quelques espèces de végétaux hyper performantes qui résistent au stress hydrique et à nos pollutions urbaines. Sauf que ces monocultures sont dangereuses : la végétation urbaine est sensible aux accidents climatiques et aux maladies. Il ne suffit pas de végétaliser, il faut viser la biodiversité, c’est-à-dire faire cohabiter une diversité d’espèces qui ont des relations entre elles.»

Favoriser le développement d'une biodiversité non contrôlée, y compris dans nos espaces urbains, constitue déjà une forme de sensibilisation des habitants à un environnement naturel, considère Hervé Daniel, dont peut découler une forme d'appropriation des enjeux de défense de la biodiversité. «Les émotions, les sensations issues du contact avec la nature ne sont pas des choses propres aux experts mais que tout le monde peut ressentir et donc se sentir concerné par ces enjeux et agir», appuie-t-il.

Des politiques de verdissement à petite échelle

Mais par où commencer pour agir et mettre en place des solutions écologiques face au désordre climatique ? À la veille du Festival des solutions écologiques organisé par la région Bourgogne-Franche-Comté le 26 septembre dernier, Libération s'interroge et évoque pêle-mêle la préservation de nos ressources en eau, une réforme de nos modes de transports, les économies d'énergie, la relocalisation de nos modes de consommation et d’alimentation, sans oublier la «renaturation de la ville».

Pour Hervé Daniel, cette mesure doit avant tout passer par la mise en œuvre d'objectifs différenciés, pensés à l'échelle très locale. «Reverdir la ville constitue une réponse concrète d'adaptation au changement climatique et c’est de plus en plus documenté, reprend Hervé Daniel, mais il faut le faire à une échelle fine, qui nécessite d’évaluer les pratiques, de comprendre la manière dont fonctionne la ville et d’intégrer une grande marge de manoeuvre dans les préconisations.»

Cet article est publié à l'occasion des Journées Nationales de l'Architecture qui se tiendront les 14,15 et 16 octobre 2022 et dont le magazine web tema.archi est partenaire média. Retrouvez tout le programme de l'événement

Marie Crabié
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