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#JNArchiVivre «bien» ensemble en ville, consiste-t-il à favoriser la rencontre entre les générations ? À l'occasion des Journées nationales de l'architecture 2021 qui mettent cette année le «vivre-ensemble» à l'honneur, spécialistes, architectes et habitants nous répondent.
Couples à  Belfast, United Kingdom © Siarhei Plashchynski
Couples à Belfast, United Kingdom © Siarhei Plashchynski
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Août 2018. Si la période estivale est synonyme de congés pour beaucoup, Céline Amaury, elle, s’affaire en cette fin d’été à la recherche d’un appartement pour son fils. D’ici quelques semaines, il entrera à l’université loin du domicile familial, à Lille.

Prix exorbitants dans certaines villes, pénurie d’appartement, insalubrité : au cours de ses recherches, Céline prend rapidement conscience des difficultés rencontrées par cette population dans l'accès à un logement. «La population étudiante augmente de 2% par an alors qu'en parallèle l'offre de logements n'augmente pas, détaille-t-elle, ce à quoi s'ajoute de nombreux abus qui pèsent sur la qualité de vie des étudiants.»

Un accès au logement inégalitaire

Une réalité que l’étudiante Pantxika, inscrite en communication digitale à Bordeaux, a d’ailleurs bien connu alors qu’elle occupe un logement insalubre dans une résidence étudiante pendant quatre ans. Contactée par téléphone, la jeune femme raconte : «L’appartement n’était pas du tout agréable et pour preuve, j’ai du y rester cinq week-ends en quatre ans. Je faisais aussi beaucoup d’angoisses à cette époque, le quartier était malfamé, je n’avais aucun échange avec mes voisins, je ne m’y sentais pas en sécurité.»

© Bench Accounting

Des conditions de vie précaires que déplore Céline Amaury et qui viennent, selon elle, encore accentuer les inégalités sociales pré-existantes : «Beaucoup d’étudiants doivent travailler pour se permettre d’étudier, ce qui veut dire moins de temps pour réviser, pour se détendre ou pour s'adonner à d'autres loisirs, énumère-t-elle. Et in fine, ils ne disposent pas des mêmes chances pour réussir leurs études, ni pour entrer dans la vie active.»

Favoriser les rencontres entre générations

De la vie active, Sylvie en sort tout juste et non sans mal. Interrogée par l'architecte Guillaume Sicard à l’occasion de l’étude Le Printemps de l’Hiver — menée par le Comité de Rayonnement de la Maison de l'architecture Ile-de-France entre juillet 2019 et 2021 — qui interroge le «Bien vieillir en ville», cette ancienne médecin à la retraite depuis un an raconte :

«Je suis partie d’une pleine activité et ensuite plus rien. Ce que je n’avais pas du tout anticipée, c’était la perte de mes repères de vie.»

Alors qu’elle décide de quitter l’Essone pour s'installer à Montrouge pour pouvoir «aller dans Paris plus facilement», elle quitte en effet son quotidien, sa vie sociale mais aussi sa ville favorisant ainsi un sentiment de déconnexion avec le reste de la société. Alors que la sexagénaire pointe son propre manque de préparation à cette nouvelle étape de vie, force est de constater qu'elle n'est pourtant pas la seule à souffrir d'un tel sentiment.

Sylvie : L'éveil - Podcast réalisé dans le cadre du Printemps de l'Hiver. Interview de Guillaume Sicard - Montage : RAW et Valentin Brion © Printemps de l'Hiver, Olivier Leclercq

Selon une étude réalisée par Les petits frères des pauvres et le CSA Research en 2019, près de 27% des 60 ans et plus en France éprouvent un sentiment de solitude dont près de 9% de façon régulière. Pour pallier à cette situation, l'étude préconise «d'imaginer des environnements permettant aux retraités de consacrer du temps à autrui dans un cercle social choisi» et de «permettre aux ainés de contribuer à la société et se sentir utile.». Un constat bien partagé par Céline Amaury qui fonde, en juin 2020, la plateforme de mise en relation entre personnes âgées et jeunes étudiants Xenia pour former une cohabitation intergénérationnelle.

Son objectif à travers ce dispositif ? Créer un véritable partage entre génération, une convivialité et une forme d’entraide bénéfique à tous. «J’ai vraiment envie que cette solution devienne incontournable, car avec un réel travail d’accompagnement, chacun peut y trouver son compte», assure l’entrepreneuse.

À chaque génération ses repères

Comment les personnes âgées investissent leur espace ? Comment évoluent leurs besoins, en matière de déplacement, de sécurité ? Comment favoriser le «Bien vieillir en ville» ? Autant de questions auxquelles l'étude Le Printemps de l'Hiver tente de répondre à travers plusieurs témoignages de personnes âgées installées en région Ile-de-France et recueillis par Aurélie Barbey, Meriem Chabani, Alexandre Sfintesco et Guillaume Sicard.

«Ce dont on s’est aperçu en menant nos entretiens, c’est que les personnes retraitées sont particulièrement attachées à leur territoire, commente ce dernier. En ce sens, c’est d’autant plus important d’adapter nos logements et nos villes aux besoins de ces populations par un parcours résidentiel personnalisé en fonction du degrés d’autonomie de chacun et de ses envies.»

Sociologue et directrice du bureau d’études Mixing Generations, Mélissa Petit partage ce point de vue, regrettant ainsi la solution binaire «du tout domicile au tout EHPAD» trop souvent privilégiée. Depuis la réversibilité des espaces de vie jusqu'à l'adaptation du mobilier, celle-ci estime que «la question de l'adaptabilité des lieux de vie doit être pensée dans une forme d'inclusion et non de stigmatisation d'une population à l'aide de dispositifs pensés pour tous dans une certaine continuité du parcours de vie.»

Dans le cadre de ses travaux menés à l'échelle du logement, la sociologue note que pour de nombreux jeunes retraités la reconstruction de leur identité sociale coïncide souvent avec une forme de «reconstruction des lieux en matière de décoration et d'aménagements». Celle-ci peut se traduire par la transformation de la chambre des enfants en bureau, l'intégration d'un parcours lumineux pour les circulations la nuit, ou encore les meubles de cuisine abaissés pour les placer «à une hauteur plus confortable pour tous» précise Mélissa Petit. «Ce que recherche l'habitant, c'est une forme de liberté dans son lieu de vie et on l'a d'autant plus noté pendant les périodes de confinement, appuie Guillaume Sicard avant de poursuivre :

«Il faut que l'habitant puisse renverser la spatialité de son logement et sectionner les pièces comme bon lui semble.

Une continuité à toutes les échelles

Plus d'autonomie et de liberté de mouvement sans pour autant porter atteinte à la sécurité de chacun, c'est aussi ce que défend l'anthropologue urbaine, géographe et directrice du cabinet Bfluid Sonia Lavadinho. Non seulement à l'échelle du logement mais aussi de la ville, la spécialiste regrette que les usages consistent trop souvent à enfermer pour mieux protéger :

«Lorsque que l'on essaye de mettre du soin on a tendance à mettre à l'abri et retirer de l'autonomie aux personnes, à les isoler du tissu social et ce, au nom de bonnes intentions.»

À l'inverse d'une ville clivée qui isole les populations les unes des autres, Sonia Lavadinho prône «la ville interactionnelle» qui favoriserait une autonomie de mouvement, de partage et d'occupation de l'espace. Dans les faits, «ça peut se traduire par la conception d'un parc d'EHPAD ouvert sur la ville, par l'ajout de nouveau mobilier urbain dont chacun peut s'emparer dans les espaces publics ou encore le fait de favoriser des dynamiques de proximité à travers la ville du quart d'heure», explique-t-elle.

© Fritz Bielmeier

Une référence direct au concept urbain qui propose une ville où l'ensemble des activités du quotidien se passerait à l'échelle du quartier voire même de la rue, cet espace «très démocratique» qui rassemble une véritable biodiversité de publics et de dynamiques. «La rue, c'est la brique standard de la ville qui peut gagner en qualité et permettre de fortifier le liant social d'une société», assure la spécialiste.

Elle évoque notamment la possibilité d'imaginer des «rues-parcs» ou des «rues-places» qui permettraient à différentes classes d'âge de se croiser, aux enfants de jouer, aux familles de profiter d'un moment partagé ou encore aux personnes âgées de se reposer. «Tous les outils existent aujourd'hui, commente-t-elle, la mise en place de tels dispositifs dépend d'une volonté politique.»

Adapter les transports communs en installant des escalators, sécuriser les pistes cyclables, assurer des parcours bien éclairés en ville ou encore favoriser les commerces de proximité sont autant de services qui peuvent, au-delà de servir une population vieillissante, contribuer au confort des usages de la ville par tous, abonde enfin Mélissa Petit. «Le tout, c'est de ne pas stigmatiser ces populations, mais au contraire de les inclure dans la ville et de leur permettre de participer aux activités de la cité en ouvrant des portes que l'on a trop souvent fermées

Cet article est publié à l'occasion des Journées nationales de l'architecture qui se tiendront les 15, 16 et 17 octobre 2021 et dont le magazine web tema.archi est partenaire média.

Marie Crabié
Dans l'agenda
Du mercredi 15 septembre 2021 au lundi 18 octobre 2021
Exposition "Le Printemps de l'Hiver"
Maison de l'architecture Ile-de-France
148 Rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
Présentée jusqu'au 19 octobre sur la mezzanine de la Maison de l'architecture Ile-de-France, l'exposition Printemps de l'Hiver met en lumière les témoignages récoltés dans le cadre de l'étude du même nom menée durant 2 ans auprès d'habitants seniors de la région, de spécialistes et d'élus pour réfléchir à la question du "Bien vieillir en ville".
Du vendredi 15 octobre 2021 au dimanche 17 octobre 2021
Les Journées nationales de l'architecture
Partout en France
Cet événement, qui se déroule tous les ans le troisième week-end d’octobre, a pour but de mettre en lumière une discipline à l’influence souvent méconnue de nos concitoyens, mais qui rythme pourtant notre quotidien.
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Centre d'hébergement pour l'Observatoire Océanologique de Banuyls-sur-mer | Atelier Stéphane Fernandez
Sur le front de mer de la ville de Banyuls, le centre d'hébergement pour l'Observatoire Océanologique réalisé par l'Atelier Stéphane Fernandez prolonge la topographie existante du ciel, du sol et de l'horizon avec sa couleur ocre dessinant les gorgones de corail. Graphique, laissant passer l'air et la vue, la résille en béton qui enveloppe le bâtiment attire le regard de l'extérieur vers l'intérieur, et cache celui des résidents — chercheurs, étudiants et professeurs, protégeant ainsi leur intimité.
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