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EntretienLes architectes ont dû, en période de confinement revoir toute l'organisation de leur agence. Qu'en est-il de la reprise de leur activité un mois après le déconfinement, et quelle sera selon eux l'architecture d'après ? Philippe Chiambaretta, directeur de l'agence PCA-Stream répond à nos interrogations.
Philippe Chiambaretta © Jimmy Delpire
Philippe Chiambaretta © Jimmy Delpire
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Philippe Chiambaretta est directeur de l'agence PCA-Stream à Paris. S'il concède quelques points positifs à cette période de confinement, notamment la reconsidération du télétravail sous l'angle du collectif, il avoue tout de même avoir éprouvé quelques difficultés quant au partage d'une énergie commune dans le processus de création des projets qui, selon lui, ne disparaîtra pas avec le Covid-19. Entretien.

tema.archi : Diriez-vous, qu'à l'annonce du confinement, vous étiez prêts en terme d'organisation du travail ?

Philippe Chiambaretta : Nous étions prêts, oui. Non pas que nous étions prêts à faire face à la pandémie, mais nous avons connu une grande croissance ces derniers années qui nous a permis d'investir massivement dans notre infrastructure informatique. Lorsque nous nous sommes réunis, avec la direction à l'agence dès le dimanche après-midi précédent le confinement, nous étions préparés techniquement à télétravailler, ce qui auparavant s'était uniquement limité aux périodes de grève. Et de 17h à minuit, chacun des 80 employés a défilé pour repartir avec un post équipé et travailler ensuite à distance. Le lundi, tout le monde était opérationnel.

Évidemment, tout le monde dans l'agence n'a pas le même matériel informatique. Les architectes ont des installations plus lourdes et volumineuses qui rendent leur poste de travail moins mobile. Nous verrons comment gérer la situation par la suite avec chacun des postes de travail, mais il sûr que le matériel est un facteur de mobilité important.

Que tirez-vous, pour la suite, de cette période contrainte ?

En temps normal, nous faisons beaucoup de réunions, et je dirais que paradoxalement le télétravail nous a fait gagner du temps sur certaines. Comme celles que nous organisons lorsque nous sommes en phase d'étude en architecture, pour lesquelles il nous arrive de perdre facilement 30 minutes avant et après. Pour autant, ce temps n'est pas complètement inutile, c'est même parfois ce qu'il y a de plus important.

Par ailleurs, nous nous sommes aperçus que certaines réunions pouvaient tout à fait s'organiser en visioconférence. Pour une réunion à Lille ça nous arrivait de prendre le train aller-retour dans la demi-journée pour une rencontre avec un client d'à peine plus de deux heures. Le télétravail n'était pas dans les coutumes jusqu'à maintenant, il n'était pas pensé de manière collective mais nous avons pu voir qu'il fonctionnait bien dans certaines situations. Dans les mois à venir, je suis sûr que des questions vont se poser à ce sujet mais pour autant l'aspect relationnel de notre métier ne disparaitra pas avec la crise sanitaire.

Quel a été l'impact de la crise sanitaire sur l'activité de votre agence ?

Dès le mardi où avait été décrété le confinement, nos chantiers ont été mis à l'arrêt pour la partie construction. En parallèle, quelques autres projets se sont arrêtés nous obligeant à imposer le chômage partiel à une partie de notre personnel. Aujourd'hui, tous les chantiers ont repris.

Nous avons toutefois eu la chance d'avoir initié juste avant la période de confinement, 4 ou 5 concours qui n'ont pas été arrêtés. Pendant les deux mois de confinement, nous avons donc continué à travailler sur ces projets en bricolant, en partageant les documents, en dessinant sur un écran, en partageant nos souris, etc. Bien que l'on ait tenu le coup, ce n'est pas une situation durable selon moi. Le fait d'être réunis, de partager une énergie commune ce qu'on appelle le «body langage», je pense que c'est nécessaire pour favoriser la créativité. On ne peut pas généraliser l'idée de réaliser des projets d'architecture à distance demain. Il faudra toutefois évaluer quelles réunions sont utiles en présence, de celles qui ne le sont pas.

Qu'en est-il de votre organisation depuis le début du déconfinement ?

Nous avons rouvert l'agence dès le 11 mai. À ce moment là, on était encore en télétravail, et le bureau restait l'exception. Une semaine plus tard, nous avons décidé du contraire car dans une certaine mesure, le déconfinement s'est révélé plus pénible que le confinement. Pendant le confinement, nous étions tous à la même enseigne, c'était universelle. Aujourd'hui, la situation est un peu trouble, ce qui est assez inconfortable psychologiquement pour beaucoup de gens.

Pour pallier à ces incertitudes et interrogations, nous avons mis en place des questionnaires relativement tôt pendant le confinement pour que chacun puisse exprimer ce qui l'arrangeait au mieux, et trouver un compromis entre les intérêts du salarié et celui de la direction. Je pense que certains vont rester en télétravail, notamment ceux qui ont des enfants à garder, ceux qui habitent loin et doivent prendre les transports en commun et en priorité reviendront au bureau les personnes qui ont vraiment envie de le retrouver.

On entend beaucoup de gens parler du « monde d'après », dans lequel naitrait une « architecture d'après ». Quels sont vos pronostiques à vous, en tant qu'architecte ?

Nous sommes dans une période particulière, celle d'une pandémie avec les peurs que ça génère et le choc du confinement. Je pense que l'on peut difficilement prendre la température actuelle pour se figurer ce que la situation donnera dans deux-trois ans, voire même deux à trois mois. Il existe une certaine résilience chez l’humain, et c'est possible que d’ici 6 mois tout ça ne soit qu'un lointain souvenir. Quelles seront les conséquences de la crise ? Je ne le sais pas encore. Il y a bien une sorte de "monde d'après" qui se dessine, notamment avec de nombreux citadins qui envisagent de s'installer en Normandie ou en Bretagne, mais il faut faire la différence entre faire de la prospective et le fait d'essayer d'utiliser ce qui s'est produit comme un vecteur pour faire changer les choses.

Par ailleurs, il est possible que cette période favorise le télétravail, pour passer moins de temps dans les transports, réduire les surfaces de travail avec moins de postes et une régulation des effectifs maintenant que l'on a compris que le télétravail pouvait être bénéfique. L'organisation des immeubles de bureau mais aussi celle des logements pourraient bien se voir impacter. Dans les logements, on pourrait imaginer des moyens pour aménager un bureau «fermable» par exemple, ou la construction d'espace partagés de co-working au sein même de l'immeuble de logement. Ce sont des sujets auquel nous allons prendre le temps de réfléchir dans les prochains mois, notamment dans le cadre de notre outils de recherche et laboratoire de réflexion STREAM.

Marie Crabié
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