« Paris restera d’avant-garde »

« Paris restera d’avant-garde »

TRIBUNE Des architectes et personnalités de l’urbanisme parisien réagissent aux propositions architecturales formulées dans le cadre de la campagne des municipales. Ils défendent une vision de la capitale fondée à la fois sur la protection du patrimoine et sur l’innovation architecturale et écologique.

Paris est connue et aimée à travers le monde pour son architecture, haussmannienne certes mais pas uniquement. Car Paris c’est aussi, la pyramide du Louvre, les Orgues de Flandres, le front de Seine, le nouveau Tribunal de Grande Instance, les hôtels particuliers du Marais, les logements sociaux contemporains à la porte d’Auteuil, le parc de la Villette et la Philharmonie de Paris.

« Paris c'est aussi la pyramide du Louvre, les Orgues de Flandres, le front de Seine... »

Respect du patrimoine et innovation. Tenir les deux bouts, c’est tout l’art et la manière des architectes et créateurs qui dessinent le Paris de demain tout en contribuant à la rénovation et la préservation de l’existant.

Chaque projet, même dans sa différence, s’appuie sur le passé et ce qui l’entoure. C’est la vision défendue par le nouveau Plan Local d’Urbanisme bioclimatique de Paris, c’est le travail fin des architectes, professionnels de la construction qui s’insèrent avec respect dans le paysage de nos rues.

Paris est devenue, avec l’action de la gauche, un laboratoire d’architecture sociale et écologique : soutien aux jeunes architectes, investissement massif dans les logements sociaux, matériaux biosourcés, réemploi.

Comment ne pas être inquiets lorsque l’on voit les visions proposées par la droite et l’extrême droite pour Paris : pastiche patrimonial dans Paris Centre, tube géant de verre et plastique sur le boulevard périphérique pour couvrir les portes. Après tant d'années à crier que la gauche - et tous les architectes, concepteurs engagés au passage - déformaient Paris, voire la saccageaient ; la droite, à l’occasion des municipales, révèle enfin la vision qu’elle porte pour Paris. En somme, des projets hors sol, trompeurs et irrespectueux de l’histoire comme du patrimoine parisien, au point que l’on pourrait se croire dans n’importe quelle métropole mondiale.

Ces aménagements rappellent les années 70 quand on démolissait les halles et installait des tunnels pour faire mieux circuler la voiture. Cacher la voiture n’a jamais été un projet et qui pour penser qu’un tunnel ou un mur anti bruit embellit la ville alors que réduire la circulation permet de faire baisser le bruit pour rendre les abords habitables ? Pour les quais, comme pour le périphérique, on recouvre, on masque le CO2 qui, malheureusement s’échappera tout de même dans l’air que respirent les Parisiennes et les Parisiens.

Sur les ouvrages eux-mêmes … il y a de quoi faire hurler les Architectes des Bâtiments de France tant le pastiche ou le dessin est grossier. Sans parler du coût réel de projets que les candidates estiment à 60 millions d’euros quand les professionnels indiquent un montant qui serait plutôt aux alentours de 600 millions.

« Paris mérite mieux que ces dessins produits rapidement à l’intelligence artificielle pour faire avaler la pilule du conservatisme. »

Paris mérite mieux que ces dessins produits rapidement à l’intelligence artificielle pour faire avaler la pilule du conservatisme. L’architecture parisienne a besoin d’un soutien prolongé pour poursuivre sa mue vers plus d’écologie, plus de matériaux écologiques, plus de conservation de l’existant : c’est seulement comme cela que Paris restera d’avant-garde.

Tribune signée par : Dominique Alba, architecte ; Aldric Beckmann, architecte ; Alexandre Bouton, architecte, Urban Act ; Michel Cantal-Dupart, architecte ; Hélène Chartier, architecte, directrice de l’urbanisme et de l’architecture, C40 ; Paul Citron, urbaniste ; Nicolas Matranga, architecte, formalocal ; Sonia Samadi, urbaniste ; Clara Simay, architecte, Grand huit ; Anne-Charlotte Zanassi, architecte, Atelier Phileas, membre titulaire de l’Academie d’architecture