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Actualités de rentréeEntre évolution de chantiers, déclarations politiques, anniversaires et crise sanitaire, on fait le point sur les actualités qui ont alimenté le secteur de l'architecture et du patrimoine ces dernières semaines.
Beyrouth, en 2013 © couscouschocolat (CC BY 2.0)
Beyrouth, en 2013 © couscouschocolat (CC BY 2.0)
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Placé sous le signe de la réparation et de la réflexion sur les attentes vis-à-vis de l'architecture de demain, l'été a permis de soulever les défaillances de politiques urbaines sur le fil, qui ne permettent pas d'anticiper l'après. Pour certains, le changement pourrait bien advenir maintenant.

C'est en tout cas l'une des ambitions affichées par la star sénégalaise Akon qui révélait, le 31 août dernier, son projet fou de «ville futuriste». Si on avait déjà eu vent des velléités architecturales (déçues) de l'acteur Brad Pitt ou du rappeur Kanye West, c'est désormais «un gigantesque projet, au coût estimé de 6 milliards de dollars, situé sur le site du petit village de Mbodiène, au bord de l’Atlantique, à une centaine de kilomètres au sud de Dakar» que promet de livrer l'artiste, selon les informations rapportées dans les pages du Monde.

L'architecture de la ville devra, elle, faire écho à des sculptures africaines selon les dires du rappeur et «montrer au monde que le Sénégal est toujours une destination de choix malgré les impacts économiques du Covid-19», précise the Washington Post. Si le début des travaux est annoncé pour 2021, de nombreux architectes locaux espèrent de leur côté, qu'il s'agit là d'une «grosse blague».

Repenser notre patrimoine

En France, ce n'est pas d'une ville futuriste dont on rêve en cette rentrée, mais plutôt d'un avenir pour notre patrimoine. Dans une interview accordée au quotidien Le Monde vendredi 4 septembre, la ministre de la culture Roselyne Bachelot déclarait : «La culture patrimoniale doit se repenser pour conquérir des publics qui s’en éloignent de plus en plus.» Interrogée sur le plan de relance qui était dévoilé la veille par le gouvernement, la ministre évoque pêle-mêle les fonds alloués à la transition numérique du secteur, le soutien aux arts de la scène ainsi que la restauration et la pérennisation de monuments historiques à quelques semaines des Journées Européennes du Patrimoine :

“80 millions d’euros sont destinés au « plan cathédrales » (hors Notre-Dame), ça ne s’est jamais vu. Des cathédrales comme celles de Chartres (restauration des vitraux du transept), de Dijon (mise en valeur de la rotonde et de la sacristie), de Soissons (restauration du portail et d’une chapelle), de Saint-Denis, etc. seront concernées.”

Notre Dame, París. Catedral de París, dedicada a la virgen María (Nuestra Señora), en la Isla de la Cité © Juan Pablo Aparicio Vaquero (CC BY-NC-ND 2.0)

Une déclaration qui fait notamment écho aux nombreuses critiques qui étaient adressées à l'État et sa gestion jugée défaillante de l'entretien des cathédrales, au lendemain de l'incendie de celle de Nantes intervenu à la mi-juillet. Pour l'historien Julien Le Mauff qui signe alors une tribune dans Le Monde, «L’incendie de la cathédrale de Nantes sonne comme un avertissement pour la restauration de Notre-Dame». Selon le spécialiste, «reconstruire la charpente en bois [...] ferait perdurer le risque majeur de voir flamber la cathédrale, cette fois peut-être sans sursis».

En parallèle, une autre question, celle de la flèche d'Eugène Viollet-le-Duc, élément lui-même ajouté à l'édifice lors d'une restauration datant du XIXe siècle, anime bon nombre de débats cet été. Si pour l'archistar Jean Nouvel, la «responsabilité des modernes d'aujourd'hui» doit se situer dans la réparation de Notre-Dame pour mieux la perpétuer et «ne pas recommencer à oublier», Marc Mimram juge pour sa part cette décision «outrancière et dangereuse» et plaide pour une flèche de notre temps :

“Construire une flèche d’aujourd’hui suivant la leçon de Viollet-le-Duc serait une manière de lui rendre hommage. Mettre nos pas dans les siens, avec une flèche de notre temps, dans une attention renouvelée à la cathédrale.”

Reconstruction(s)

De l'autre côté de la Méditerranée, les habitants de la capitale libanaise assistent, depuis maintenant un mois, à un tout autre chantier. Après le terrible drame survenu sur le port, soufflant une bonne partie de la ville et son architecture ottomane «à l’agonie», Beyrouth fait le bilan. Dans son article paru vendredi 4 septembre, La Croix raconte :

“Les vitres colorées, les fins piliers de marbre, les stucs, tout ce qui faisait le charme de cette splendide maison typique de l’architecture beyrouthine a été soufflé par l’explosion. Tout est détruit. [...] Le bruit des perceuses et ponceuses a remplacé celui du verre brisé. Mais sur les façades lézardées, comme sur les visages aux sourires fatigués, les stigmates s’égrènent à l’infini.”

En Italie, c'est un autre drame que rappelle le mois d'août, celui survenu en 2018 lorsque le pont Morandi de Gênes s'effondre, emportant avec lui 43 personnes. Près de deux ans plus tard jour pour jour, l'heure n'est plus à la reconstruction mais à l'inauguration du nouvel ouvrage réalisé en un temps record par l'architecte Renzo Piano. À cette occasion, une cérémonie était organisée «en grande pompe» le 3 août dernier selon Le Parisien, pour découvrir ce pont imaginé en forme de proue de navire surmonté de 43 piliers (ou mâts) lumineux, en hommage à chacune des victimes de l'effondrement de 2018.

Matériaux d'aujourd'hui et de demain

Trêve pour certains, ou période propice à la réflexion pour d'autres, l'été post-Covid apporte ainsi son lot de questions dans le secteur de la construction. Tandis que les chantiers ont doucement repris, à l'image de celui (très attendu) de la vaste restauration de la poste du Louvre par Dominique Perrault à Paris, Erik Mootz s'alarmait de l'empreinte carbone de nos bâtiments, «obèses quand l’urgence climatique exige une architecture ascétique». Dans une tribune parue dans Le Monde, il remet ainsi en cause l'emploi de certains matériaux et leur coût environnemental «des plus discutables» à l'heure où la «chasse aux passoires énergétiques pourrait bien figurer au panthéon des consensus» :

“Si la filière industrielle du bâtiment représente entre 25 % et 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), ce n’est pas seulement en raison de la consommation énergétique des édifices, c’est aussi parce que les matériaux utilisés dans la construction sont issus à 90 % des filières pétrolières ou minières et que leur transformation industrielle est incroyablement énergivore.”

Cette réflexion, l'architecte Philippe Madec l'initiait dès les années 90 et la théorisera plus tard à travers l'idée de «frugalité heureuse et créative». Notamment à l'origine du projet de la Maison de l’environnement du parc Izadia, un projet «zéro énergie» disparu dans le feu de forêt survenu le 30 juillet à Anglet, l'architecte raconte, dans une lettre publiée par Le Moniteur, son désarroi face à un tel accident et exprime sa colère face à «l’aveuglement des bâtisseurs qui émettent 40% des gaz à effet de serre ; il mène aux sécheresses et aux canicules qui ont permis cette destruction.» Et Philippe Madec de rappeler : «Nous n’avons pas le temps d’attendre ! La frugalité c’est maintenant ! »

Une rentrée pas comme les autres

L'été est aussi le temps des anniversaires. En ce 27 août 2020, on célèbrait celui de la disparition d'un vieil homme tranquille de 78 ans qui, 55 ans plus tôt, faisait la Une du journal télévisé. Il était retrouvé «terrassé par un arrêt cardiaque sur cette plage du Cap-Martin», raconte le journaliste de l'époque. Il n'était autre que Le Corbusier, «architecte sans diplôme devenu star» qui vivait dans son «château sur la Côte d'Azur» de 15m² et se baignait là tous les matins, loin des villes et de leur agitation.

Si lui avait décidé de se retirer de la ville pour ses dernières années, d'autres y songeraient-ils, en réaction à la crise sanitaire, dès cette rentrée s'interroge le Süddeutsche Zeitung de Munich dans son article Quitter Paris, une tendance de fond ?. «Alors qu’un retour à la normale s’amorce pour la plupart des Français après la première vague de Covid-19, une question demeure : que reste-t-il des idées nées pendant le confinement ? Que va devenir le désir collectif d’arbres, d’une maison, de calme ? Au fur et à mesure que le virus se répandait, on avait l’impression que le dégoût de la grande métropole gagnait le monde entier», rapporte le journaliste.

Un avis qui ne fait pour autant pas l'unanimité à en croire cette autre journaliste qui rapporte, pour The Atlantic, que «rien ou presque n’indique que la pandémie a fait changer d’avis les citadins heureux de l’être. Et même si déménager semble un bon moyen de se mettre à l’abri, la situation pourrait s’inverser par la suite. Personne ne sait comment la pandémie évoluera d’ici à 2021, dans les grandes villes ou ailleurs.»

Pour le président du réseau de coopératives de l’habitat Procivis Yannick Borde, nous sommes pourtant bel et bien arrivés à la fin de la logique de métropolisation. Sans certitude mais avec conviction, ce dernier affirme ainsi pour Ouest France, la nécessité d'un «nouvel équilibre territorial pour un développement plus harmonieux et équilibré» couplé à un véritable engagement dans la transition écologique. Si le président de la République fait de cette dernière idée un axe principal du plan de relance post-Covid, l'élu prévient : «Cette ambition (a) maintes fois (été) affichée (par les pouvoirs politiques) mais rarement réalisée». Le changement serait-il alors pour maintenant ?

Marie Crabié
sur images.archi
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Réaménagement Rohan 1 & 2 au Musée des Arts Décoratifs à Paris | Bien Urbain - atelier d’architecture
À la fois discrète et minutieuse, l'intervention de l'agence Bien Urbain et du Studio Adrien Gardère dans les espaces d'exposition dédiés à la mode du Musée des Arts Décoratifs de Paris révèle le caractère majestueux du bâtiment existant. Pour mettre en valeur les caractéristiques de la structure masquée par les interventions des années 90, les architectes ont d'abord purgé le bâtiment. Laissés à l'état brut, les plafonds, les murs et les sols ont été complétés d'un escalier reliant les deux niveaux et aménagés de vitrines modulables. Offrant un maximum de liberté et de flexibilité aux futurs scénographes, ce dispositif répond à l'objectif de doter le musée d'une véritable « machine à exposer ».
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