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ÉtudesAprès une fin d'année scolaire "pas comme les autres", la reprise des étudiants en école d'architecture s'annonce incertaine. Si les équipes pédagogiques se veulent rassurantes sur les modalités d'organisation des cours, événements et suivis de PFE, de nombreux étudiants se disent préoccupés face aux mesures annoncées.
20175_students_studying_finals_127 © University of Minnesota Duluth (CC BY-ND 2.0)
20175_students_studying_finals_127 © University of Minnesota Duluth (CC BY-ND 2.0)
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«Il y a quelques mois encore, on pensait reprendre les cours à l’école dans des conditions normales, pour dire un petit peu l’optimisme de l’école.» Étudiant à l'école d'architecture de Marseille, Max Brouwer est aussi président de l'Union nationale des étudiants en architecture et paysage (Uneap).

Malgré toutes les réunions auxquelles il assiste en cette rentrée "pas comme les autres", les informations qui lui parviennent sur l’organisation de chacune des ENSA restent très limitées. «La plupart des écoles prévoient de multiples scénarios en fonction de la gravité de la situation sanitaire avec un point d’attaque différent pour chacune d’entre elles», détaille-t-il.

De bonnes conditions pour tous

Prioriser les cours en présentiel pour les nouveaux arrivants dans l’école, diviser les promotions pour permettre la tenue des cours magistraux en présence une semaine sur deux ou encore réorganiser les espaces pour dédier un espace fixe à chacun des élèves dans les bâtiments de l’école sont autant de solutions mises en place ou envisagées par les différentes écoles d’architecture qui plaident pour une reprise «dans de bonnes conditions pour tous.»

20175_students_studying_finals_127 © University of Minnesota Duluth (CC BY-ND 2.0)

C’est en tout cas le souhait affiché par le directeur de l’énsa-Versailles, Jean-Christophe Quinton qui se veut positif quant à la capacité de l’école, de ses services techniques, de ses instances de décisions et de son administration à prendre les mesures adaptées qui permettront d’«adoucir la crise» :

“Il y a une véritable volonté de trouver des solutions adaptées, rapides de façon à décloisonner les espaces, à soulager la complexité dans laquelle on se trouve aujourd’hui.”

Dans les faits, l'école s'est elle aussi tournée vers une «hybridation des cours en présentiel et en distanciel», en plus de réaménager une partie de ses locaux pour un nouvel usage des espaces soumis à un protocole précis. Des mesures que les équipes pédagogiques s'engagent à actualiser au fil des semaines en fonction de l'évolution de la situation sanitaire locale assure le directeur. «Tout le monde se parle et finalement c’est ça le nerf de la guerre, soutient-il, c’est une humanité des équipes très puissante et très investies.»

Architecte et enseignant à l’ENSA Clermont-Ferrand, David Marcillon se veut lui aussi rassurant sur la capacité d'adaptation des équipes pédagogiques de son école pour, dit-il, attribuer «une place pour chacun et réussir l’adhésion de tous à cette rentrée», les étudiants mais aussi les enseignants et les associations.

«Nous préparons, de concert avec les associations, tout ce qui est de la logistique en termes de matériel de maquette, de chantier mais aussi de l’animation de l’école à l’échelle d’une année pour pouvoir répondre à toute éventualité en fonction de l’évolution de la situation sanitaire», poursuit-il.

Un climat d'incertitude

Pour l'instant, l’heure est au respect de protocoles très précis. Port du masque obligatoire, contrôles à l’entrée des établissements, nettoyage des espaces de travail partagés, lavage de main à l’entrée dans les salles de cours et respect des distanciations sociales sont autant de mesures auxquelles chacun devra se plier dans les prochains mois. Mais les locaux des établissements sont-ils pour autant adaptés à ces nouvelles mesures, et ce pour l'ensemble de ses élèves ?

Plutôt portées sur la présence des premières années dans l'établissement, les mesures préconisent notamment la restriction d'accès aux studios de projet pour les étudiants qui préparent leur projet de fin d'études (PFE) ce semestre : «On ne pourra pas les utiliser en dehors de nos heures de projet et globalement nous ne sommes pas censés venir à l’école si on y a pas cours», explique Camille Danibert, suite aux dernières informations qui lui ont été transmises par l'administration de l'ENSA Nantes. Cette situation, selon elle, risque de pousser les étudiants à travailler leur PFE depuis chez eux — avec les nombreuses questions d'égalité face au confort de travail que cela pose ainsi que la santé psychologique des étudiants, vivant seuls pour certains d'entre eux et soumis à une forte charge mentale.

Study © Billie Grace Ward (CC BY 2.0)

Si toutes les mesures n'ont pas encore fait l'objet d'une communication dans chacune des écoles, certains élèves s'inquiètent déjà du bon déroulement de l'année dans ce contexte incertain rapporte Max Brouwer : «L'administration ne souhaite pas s'engager sur des stratégies à moyen terme au vue de la situation qui peut évoluer ce qui rend les décisions des étudiants très compliquées et les placent dans une situation très délicate. Notamment pour le logement, les dépenses à engager pour l'année etc. On ne peut pas se projeter dans ces conditions et c'est un peu démoralisant.»

Même son de cloche du côté des associations de certaines écoles qui n'ont pu se projeter jusqu'à lors faute de directives claires. Responsable du Bureau des étudiants (BDE) de l'ENSA Clermont-Ferrand, Victor Laurent exprime son mécontentement au lendemain de l'annonce de la décision prise par son établissement d'«interdire les rassemblements de plus de cinq personnes dans l'école et dans le parc» ainsi que «la tenue de tout type de manifestation étudiante» au sein de l'école et hors les murs. «Le manque d'organisation de l'administration a bloqué celle du BDE alors même que l'on avait commencé à réfléchir pour aménager des espaces de vie et de partage dans l'école qui permettaient de respecter la distanciation sociale» déplore l'étudiant, «nous sommes clairement dégoûtés de ces annonces.»

Intégration contrôlée

Habituellement propice à la mise en place d'événements d'intégration des nouveaux entrants dans l'école, la rentrée 2020 marque en effet un coup d'arrêt aux traditions estudiantines. Strictement encadrées par un protocole sanitaire sinon annulées ou reportées, les premières semaines d'intégration constituent pourtant une étape cruciale dans la vie de l'étudiant et son investissement dans la vie de l'école estime Jean-Christophe Quinton :

“À Versailles, la semaine d'intégration invite les étudiants à dessiner, à arpenter la ville, à découvrir la diversité des disciplines enseignées durant l'année, le tout en compagnie de l'architecte Sophie Delhay. Nous avons fait le choix de maintenir cette semaine en appliquant les mesures sanitaires.”

À Clermont-Ferrand, c'est une semaine de voyage qui est habituellement organisée. «Les formes sont en train de se repenser dans le local, ça n'exclut pas des possibilités de déplacement mais peut-être par petit groupe. Les équipes y réfléchissent, avance David Marcillon, l'objectif est de garder cet esprit d'intégration et de bienveillance aux règles.»

Study Abroad Fair 2013 © USF SLE (CC BY-NC-ND 2.0)

Alors que l'entrée en études supérieures se réorganise cette année, la sortie aussi, pour les étudiants qui passent leurs oraux de PFE ce semestre. Quand certains faisaient le choix, en juin dernier de le passer en visioconférence, d'autres préfèrent parier sur un examen en présentiel au mois de septembre. Étudiante architecte-ingénieure à l'ENSA Nantes, Maelenn Colson privilégie cette seconde option :

“Je suis retournée à l'école une semaine avant mon PFE, vers la fin du mois d'août. L'ambiance y était un peu tendue, personne d'autres que les PFE ne pouvait entrer et seules 10 personnes pouvaient assister à mon oral.”

Si son examen se passe comme elle l'entend, l'étudiante avoue avoir eu l'impression de «quitter l'école sur pas grand-chose», et qu'elle «imaginait sa fin d'études différemment». Elle raconte : «Nous avons eu droit à un discours du directeur le vendredi à l'issue duquel nous avons fait un pot avec une trentaine d'étudiants devant l'école.»

Repenser l'après

Après le PFE, c'est désormais sur son diplôme d'ingénieur que se concentre Maelenn Colson, avec un stage de fin d'études d'une durée de 6 mois qu'elle débute tout juste. À l'origine, elle imagine ce stage à l'étranger, avant que la crise sanitaire ne déjoue ses plans : «J'ai commencé mes recherches relativement tôt mais j'ai vite compris que ce serait très difficile de trouver à l'étranger en ce moment. En France, les démarches ont été relativement rapides», témoigne-t-elle.

Une réalité que partage bon nombre d'étudiants en architecture tout récemment entrés sur le marché du travail à l'image d'Alice, diplômée de l'ENSA Nantes depuis le mois de mars. En recherche d'emploi pendant le confinement, elle décide finalement de se tourner vers un service civique, option qu'elle n'envisageait pas auparavant : «Je pense que le Covid a changé un peu les plans des uns et des autres notamment lorsque tu sors d'études d'architecture et que tu n'as pas d'idée précise de ce que tu souhaites faire. La crise retarde notre entrée sur le marché du travail et ça nous offre des opportunités auxquelles nous n'aurions pas pensé.»

Studying © thoroughlyreviewed.com (CC BY 2.0)

David Marcillon se veut lui aussi optimiste sur les opportunités que la situation sanitaire ouvre malgré tout aux établissements : «La crise pose plein d'enjeux pour l'architecture, la qualité des espaces habités ou l'aménagement des espaces publics qui doivent s'inscrire dans les débats autour du monde d'après et l'enjeu de l'habité. Il est important que l'on ne subisse pas la situation mais qu'on agisse pour la surmonter et que l'on continue à s'enrichir.»

Marie Crabié
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