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Comment habite-t-on ? (2)Deuxième épisode de notre série qui interroge notre manière d'habiter un lieu. Le sociologue de l'habitat Guy Tapie et plusieurs habitants nous apportent leur témoignage éclairant sur la perception de leur logement et leur manière de vivre le confinement.
Paris, 14 octobre 2019 © Marie Crabié
Paris, 14 octobre 2019 © Marie Crabié
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«J'ai pris l'habitude de monter 2 à 3 fois par semaine sur le toit, enfin quand il fait beau et chaud ce qui n'est pas tellement le cas ces derniers temps.» Jinxuan vit du côté de Strasbourg-Saint-Denis dans le 10e arrondissement de Paris. Si d'ordinaire il gravit plusieurs fois par jour les 6 étages — sans ascenseur — qui sépare son logement de sa rue grouillant de monde, c'est à une autre activité physique qu'il s'adonne depuis le début du confinement.

Assigné à résidence — dans la mesure du possible — au même titre que le reste de la population française, il profite de l'air pur, non pas depuis un balcon, une terrasse ou un jardin, mais depuis son toit auquel il accède plusieurs fois par semaine à l'aide d'une échelle achetée l'été dernier par les voisins de palier.

«Une fois en haut de l'échelle, il y a un court passage en pente qui peut paraître un peu dangereux», prévient Jinxuan. De là, il accède ensuite au toit de l'immeuble jouxtant le sien, cette fois-ci complètement plat. «On peut y marcher, danser, s'étirer sans aucun problème», raconte le jeune homme, qui s'amuse d'ailleurs d'y apparaître en couverture du magazine Les Inrocks par un concours de circonstances.

En plein air

Bénéficier d'un accès à un espace en plein air, serait-il ainsi devenu la clé pour bien vivre son confinement ? C'est en tout cas ce que porte à croire le grand nombre de citadins ayant fui leur logement principal pour se réfugier en campagne ou en bord de mer. Air pur, calme et silence à la clé. Selon le sociologue de l'habitat Guy Tapie dont les travaux portent notamment sur les modes d’habiter contemporains, « on assiste en ce moment à une forme de déplacement des inégalités». Il précise :

«Les gens qui vivent en zone périurbaine dans des maisons individuelles avec jardin et qui jusqu’à présent étaient mis au banc par les experts, notamment parce qu'ils utilisent souvent la voiture dans leur vie quotidienne, se retrouvent aujourd'hui privilégiés par la situation, ils bénéficient de conditions de vie plus agréables que les citadins.»

Pour Jinxuan, qui a préféré rester dans son 14 m², l'espace extérieur ne fait pas tout : «accéder au toit, c'est un bonus pour moi. Je vivrais mon confinement aussi bien sans je pense.» Il s'agit aussi d'un état d'esprit, d'une habitude à la solitude, et l'autonomie de chacun selon lui. «Bien qu'on m'ait proposé de partir, j'ai souhaité rester chez moi, confie-t-il, en temps normal je sors beaucoup mais j’apprécie aussi de me retrouver seul ce qui n’est pas forcément le cas de tous mes amis. Je pense que je m’y étais préparé mentalement.»

Le logement, un système bouleversé

Inédite pour tout le monde, cette situation redéfinit le rapport de chacun à son logement selon Guy Tapie. «On peut considérer le domicile comme la base à partir de laquelle on organise tous nos mouvements», détaille le spécialiste. «Notre lieu d'habitation, maison ou appartement, se caractérise aussi bien par son aménagement et sa morphologie que par les activités, les réseaux de transports, les commerces et nombreux lieux de socialisation qui gravitent autour et qui aujourd'hui sont à l'arrêt», ajoute-t-il.

À l’heure où nos mobilités sont réduites au maximum et que la plupart de nos activités sont suspendues, la satisfaction liée à la proximité d'un logement avec diverses commodités devient ainsi secondaire. Seul compte l'espace privé dont nous bénéficions dans l'immédiat. Serveuse à mi-temps dans une crêperie fermée jusqu'à nouvel ordre, Hermance vit avec son compagnon en centre-ville d'Amiens. Très active en temps normal et habituée à tout faire à pied, elle avoue commencer à trouver le temps long : «30 m² à deux en plein centre d’Amiens c’est pratique le reste de l’année, mais en période de confinement on étouffe rapidement

Urbanisme et densité

«Sans toutes les activités d’animation autour du logement, la définition de confort change», atteste Guy Tapie et d’autant plus en période de pandémie, où l’extérieur apparaît anxiogène, la densité devient le mal du siècle. «C’est tout à fait nouveau dans nos sociétés très confortables, de voir réapparaître une question sanitaire de la sorte qui nous oblige entre autres à repenser le dogme bien pensant de la densité des villes pour répondre aux enjeux environnementaux, qui aujourd’hui devient synonyme de contagion», détaille le sociologue.

Une telle expérience pourrait-elle alors devenir source de transformation de nos modes d’habiter ? Rien n’est moins certain selon le spécialiste qui concède toutefois une évolution de la réflexion en matière urbanistique. «Il est possible que les questions de densification des espaces urbains notamment soient revues au prisme de cette expérience de pandémie.»

Marie Crabié
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