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DéconfinementDepuis le 11 mai en France, la distanciation physique est de mise. Penser cette distance à l'heure où nos villes sont plus denses que jamais représente un véritable défi qui trouve ses réponses à plusieurs échelles.
We Are Observing Social Distance © byron_v2 (CC BY-NC 2.0)
We Are Observing Social Distance © byron_v2 (CC BY-NC 2.0)
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S’emparer du temps pour penser l’espace, désaturer les axes de mobilités, rééquilibrer nos territoires… l’urbanisme de demain se dessine aujourd’hui, à l’heure où la crise sanitaire nous oblige à « sortir des cartons les mesures qui n’étaient encore qu’à l’état de réflexion il y a quelques semaines. »

Repenser nos mobilités douces

Parce que l’on « ne se déplacera pas [après] le 11 mai comme l’on se déplaçait deux mois plus tôt » — selon les mots du professeur de droit Matthieu Poumarède qui signait une tribune publiée le 24 avril 2020 dans Le Monde — , nos territoires doivent s’adapter « sans délai au défi sans précédent que [représente] le déconfinement

Une exigence qui a déjà amené de nombreuses métropoles françaises à « repenser les cheminements piétonniers des centres villes » ou encore à signaler avec des plots et pancartes de nouveaux tracés de pistes cyclables pour inciter chacun à enfourcher son vélo dès que la situation le permet. Des mesures regroupées sous l'appellation d'urbanisme tactique dont il est beaucoup question ces derniers jours.

Mais ces mesures seront-elles suffisantes ? Christian Moley est architecte et docteur en anthropologie sociale et historique. Contacté pendant le confinement, il nous confiait ses premières réflexions sur l’après.

«Pour les piétons, la régulation des flux sur les trottoirs suscite de vraies interrogations, expliquait-il, comment combiner le mobile et le statique, les fils d’attente, l’attente au feu rouge piéton ou encore les attroupements à la sortie des écoles tout en respectant les distances de sécurité sanitaire ? Seuls sur les grands boulevards, ces aménagements et marquages au sol vont pouvoir être mis en place.»

Le territoire national à l’épreuve de la pandémie

Alors que faire des rues étroites caractéristiques des centres de nos vieilles villes ? Comment replacer le piéton au centre des parcours de mobilité, imaginer un futur responsable et un usage intelligent de nos voitures ? Pour Ghislain Delabie, associé de l’agence de conseil en développement urbain Manwë, la priorité faite aux mobilités douces dans nos villes se heurte à la réalité des usages, et la conception de notre territoire.

New York City © Jörg Schubert (CC BY 2.0)

« La mise en place de pistes cyclables provisoires constitue une première étape importante pour adapter nos mobilités, avance le spécialiste, mais quand on habite en périphérie de ces villes et qu’on utilise la voiture tous les jours, comment rend-on ces changements acceptables, effectifs et durables pour tous les usagers ? »

Plus fondamentalement, la structure du territoire français doit être revue à l’aune de la pandémie selon lui.

« C’est aussi bien une question qui touche à la construction de la ville, qu’à l’équilibre du territoire. »

Un constat partagé par l’architecte Étienne Randier-Fraile, basé à Lyon, qui espère désormais voir se dessiner une densité plus qualitative de nos espaces urbains en adoptant un regard global sur la conception du territoire et un équilibre entre marges et centres. «L'objectif que nous devons nous fixer aujourd'hui est de "disperser cette densification" en généralisant les interventions sur tout le territoire.»

Aspirer à la mise en place de réseaux de transports fiables et proportionnés, construire des logements plus ouverts et adaptés au télétravail, tout en assurant un accès à des espaces naturels de plein air, «toutes ces questions là peuvent trouver une réponse en investissant dans les villes moyennes» selon Ghislain Delabie qui espère que les élections municipales serviront de tremplin à ces nouvelles préconisations urbanistiques.

La distanciation physique comme produit culturel

Plus qu’une question pratique, penser la distanciation physique sur le long terme impose, selon Christian Moley, de repenser nos habitudes culturelles. «À l’image de la situation dans les pays nordiques, je pense que les distances interculturelles jouent un rôle direct et spontané dans la propagation de la maladie» avance-t-il, et de citer l’anthropologue américain Edward Hall qui théorisait — selon ses propres termes — « l'ensemble des observations et théories que l'Homme fait de l'espace en tant que produit culturel spécifique » à travers le concept de proxémie.

How We Shop Now © byron_v2 (CC BY-NC 2.0)

Contact physique, salutation... la distance entre les corps aussi bien dans l'espace public que privé repose, selon Edward Hall, sur des données culturelles et sociales. «Ces différentes façons de vivre vont avoir une influence sur la manière dont architectes et designers pensent et aménagent les lieux publics où l’interaction se déroule», poursuit Christian Moley.

De son côté, Ghislain Delabie a lui aussi pris le pli de s'intéresser à ce que font nos voisins européens pour répondre à la crise. Un réflexe d’autant plus pertinent à l'heure où les stratégies pour faire face à la propagation du virus divergent au sein du vieux continent. 

Paris in 2017 © Kārlis Dambrāns (CC BY 2.0)

«Lorsque l'on s'intéresse à la typologie des logements en Suède ou aux Pays-Bas, on remarque que les populations habitent les rez-de-chaussée ce qui libère un étage et permet d'avoir accès à un jardin ou une cour. Au contraire en France, on a progressivement renoncé à habiter nos rez-de-chaussée pour y mettre des commerces. Tout ça renvoie à nos modes de vie et cultures que l'on peut repenser aujourd'hui pour faire face à la densité de nos villes. Je pense que les solutions pour faire face à cette crise sont multiples, et elles ne sont pas à chercher qu’en France.»

Marie Crabié
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À Gradignan, dans le sud-ouest de la France, l’agence Marjan Hessamfar & Joe Vérons architectes associés, modernise et agrandit le repos maternel, un centre d’accueil des femmes enceintes en grande précarité. Dans un soucis de respect des qualités architecturales et paysagères du château existant et son parc, les architectes imaginent une première extension semi-enterrée. Développée autour d’un patio central et couverte d’une toiture végétalisée, elle offre un compromis entre discrétion et confort visuel. Elle se complète d’un second volume autonome de type « petite maison » implanté à proximité du château.
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