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#JNArchiDepuis cet été, les musées, ces institutions publiques qui brassent des populations venues du monde entier, ont progressivement pu rouvrir leurs portes. À l'occasion des Journées Nationales de l'Architecture organisées du 16 au 18 octobre, on revient sur l'histoire architecturale de ces lieux du quotidien.
Façade du Rijksmuseum à Amsterdam,1885 © Diego Delso (CC BY-SA 4.0)
Façade du Rijksmuseum à Amsterdam,1885 © Diego Delso (CC BY-SA 4.0)
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Le Louvre à Paris, le Guggenheim à Bilbao, le MoMA à New-York... petites et grandes institutions du monde entier ont vu leurs chiffres de fréquentation chuter drastiquement du fait de la crise sanitaire.

Un épisode qui, comme l'expliquait Le Devoir, pourrait faire plonger près d'un musée sur huit dans le monde et pousse nombre d'entre eux à repenser leur place dans la société : «Cette crise sans précédent se réalise alors que plusieurs de ces institutions ont entrepris une relecture de leurs mandats. [Elles] revisitent leurs approches de l’histoire, de leurs liens avec le monde contemporain et même avec leurs publics.»

L'architecture peut-elle jouer un rôle dans ces réflexions ? Assurément oui, car selon le quotidien :

«L’architecture, entre autres des musées, conditionne nos rapports à l’espace et même jusqu’à un certain point nos gestes ainsi que nos actions.»

Et puis, les musées doivent prendre en compte «la faillite d’une certaine idée de progrès que ces institutions inventées au XVIIIe siècle ont mis en scène à travers un récit présenté à travers des enfilades de salles.»

Le musée, une manifestation du pouvoir

Au XIX siècle, ces «enfilades de salles» répondent à une volonté de hiérarchie entre les espaces dans une institution imaginée à l'origine par le pouvoir central comme un lieu de transmission des savoirs et une manifestation de la puissance impériale. À l'instar du musée Napoléon à Amiens — devenu musée de Picardie en 1878, tout récemment restructuré par Frenak et Jullien architectes — aujourd'hui connu comme le premier musée voulu et construit dans un bâtiment spécifiquement prévu à cet effet en France.

Musée de Picardie à Amiens avant restructuration. Construit en 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)

Souvent dit «musée modèle» pour d'autres réalisations muséales qui sortiront plus tard de terre, l'ouvrage réalisé sur les plans de Henri Parent est lui-même inspiré de l'agrandissement contemporain du Palais du Louvre de Napoléon III qui était livré sept ans plus tôt.

Tout aussi monumental que ce dernier, le musée de Picardie se présente ainsi en enfilade de salles d'exposition et de galeries réparties sur près de 8000 m² auxquels on accède via un escalier d'honneur et son vestibule. Les œuvres y sont adroitement mises en valeur — une prouesse pour l'époque — notamment par le recours à l'éclairage naturel combiné à un accrochage raisonné assurant l'équilibre entre valorisation des œuvres et décorations murales parfois chargées. Interrogée dans le cadre des Choses de la Ville sur France Inter, l'architecte Catherine Frenak explique : «Quand on avait le temps, l'argent et un programme iconographique suffisamment consistant, à la fin du XIXe siècle les musées tendaient à être très ornés.»

Exposer sans enfermer

Si l'imaginaire muséal du XIXe siècle se rapproche ainsi d'exemples concrets d'organisation spatiale et de formes que sont le temple, les thermes ou encore le palais, le XXe marque un tournant décisif bien que tardif dans l'architecture de ces institutions. «Jusqu’aux années 1940, l’architecture du musée se contente d’être l’expression monumentale et convenue d’un contenu et d’une fonction», détaille le professeur d'arts plastiques Nicolas Nauze, dans le cadre de ses enseignements dispensés autour de l'architecture des musées au XXe siècle. «Le traditionalisme des bâtiments fut ainsi mis au service d’un idéal fondé sur l’affirmation claire d’une continuité culturelle entre passé et présent.
»

Une idée que récusent précisément les avant-gardes artistiques des années 1920, raconte l'architecte et urbaniste Maria Cristina Cabral pour Les Cahiers Philosophiques, car ils reprochent à l'institution de se complaire dans son rôle de «dépôt mortifère d'objets du passé» en même temps qu'elle légitime la culture dominante, «une double fonction qui trouve à s’exprimer dans la rhétorique architecturale monumentale néoclassique», abonde ainsi l'auteure. Pourtant, face au manque de moyens auxquels les États européens font face en ce début du siècle — notamment ruinés par le premier conflit mondial et la récession de 1930 —, l'heure est à la rénovation plus qu'à la construction.

Solomon R. Guggenheim Museum à New-York, 1959 © Jean-Christophe BENOIST (CC BY 3.0)

Les années 30 voient toutefois l'avénement de premières propositions architecturales pour réformer ces espaces, au premier rang desquelles Le Musée à croissance illimitée de Le Corbusier, Le Musée pour une petite ville de Mies van der Rohe ou encore le musée Solomon R. Guggenheim de Frank Lloyd Wright, première «icône» de l’architecturale muséale du XXe siècle qui verra le jour en 1959.

«L’architecture du mouvement moderne a [ainsi] entrepris de mettre fin à la boîte compartimentée et opaque qui caractérisait les musées jusqu’au début du XXe siècle. Cette boîte, qui conservait des trésors et des reliques destinés à être à la fois préservés et exposés, s’est transformée en un volume transparent d’espaces continus », appuie Maria Cristina Cabral.

La flexibilité comme maitre mot

Repenser le rapport des espaces expositifs avec les œuvres, réfléchir au rapport du public avec ces espaces et imaginer de nouvelles circulations plus flexibles et ouvertes sont autant de préoccupations que les architectes du mouvement moderne s'appliquent ainsi à définir plus qu'à ne mettre en place durant l'entre-deux-guerres, et qui feront de nouveau leur apparition dans les années 1950 sous le concept de «la machine à exposer» ou du «white cube».

Tendance qui deviendra dominante dans les années 1950, «la boîte flexible» se substitue alors au musée temple pour affirmer sa vocation de simple enveloppe au service d'une collection d'œuvre devant laquelle l'architecture s'efface.

Museu de Arte de São Paulo, 1968 © Morio (CC BY-SA 3.0)

Transparence, neutralité du parcours et nudité caractérisent les espaces intérieurs d'exposition, à l'instar du musée d'art de Sao Paulo réalisé par Lina Bo Bardi où, à défaut de parois, les œuvres semblent flotter au milieu de la pièce, suspendues à des socles-cimaises soutenues par un bloc de béton apparent. Et le professeur Nicolas Nauze de reprendre — à juste titre — les mots d'Auguste Perret :

«On n’aura guère poussé plus loin la volonté d’une architecture au service de sa fonction usage, une architecture qui soit pur « moyen » et non « pas une fin.»

Le musée, cette archisculpture

Quand le bâtiment s'efface en intérieur au profit des œuvres, sa forme extérieure elle, ne cesse de se rendre de plus en plus visible au cours du XXe siècle. Un point sur lequel revenait le journaliste d'architecture et rédacteur en chef de tema.archi David Abittan, dans sa chronique Les choses de la ville consacrée au musée :

«La grande diversité des musées sortis de terre depuis les années 1960 donne ainsi lieu à des œuvres architecturales presqu’aussi importantes que les œuvres d’art qu’elles accueillaient.»

Le Centre Georges-Pompidou à Paris, 1977 © Cristian Bortes from Cluj-Napoca, Romania (CC BY-SA 4.0)

À l'instar du Centre Georges Pompidou qui sort de terre en 1977 en plein centre de Paris, et dont l'esthétique architecturale imaginée par l'italien Renzo Piano s'attire rapidement les foudres du grand public et de médias internationaux. Il s'inscrit pourtant aujourd'hui sur la longue liste des musées dont l'architecture s’est vue confier le rôle inédit de pôle attractif touristique et médiatique à travers le monde.

Au premier rang desquels le Musée Guggenheim à Bilbao, la Fondation Louis Vuitton à Paris, le Musée Soumaya à Mexico, le Kunsthaus de Graz en Autriche, le Musée national du Qatar ou encore le Musée des Confluences à Lyon ou le Louvre à Lens.

Museo Guggenheim à Bilbao, 1997 © Naotake Murayama (CC BY 2.0)

Autant d'institutions qui répondent à une dynamique connue sous le nom d'«effet Bilbao» qui consiste à «faire appel à de grands noms de l’architecture pour ériger musées, bibliothèques ou palais des congrès, et tenter de relancer l’économie de villes ou de quartiers», détaillait Julie Lacaze pour The National Geographic en mai 2019.

Si les effets positifs en termes socio-économiques et touristiques d'une telle stratégie peuvent difficilement être établis selon les chercheurs mentionnés par la journaliste, elle relève toutefois «des changements intéressants en terme d’urbanisme», et non des moindres, la capacité de «ces édifices exceptionnels (à) favoriser le désenclavement de certains quartiers, auparavant isolés et peu dynamiques.»

Cet article est rédigé à l'occasion des Journées Nationales de l'Architecture dont tema.archi est partenaire média. Rendez-vous les 16, 17 et 18 octobre dans toute la France !

Retrouvez le programme des Journées Nationales de l'Architecture.

Légendes des images

- Solomon R. Guggenheim Museum à New-York, USA - Arch : Frank Lloyd Wright © Jean-Christophe BENOIST (CC BY 3.0)
- Kunsthaus in Graz, Autriche - Arch : Peter Cook et Colin Fournier © Marion Schneider & Christoph Aistleitner (CC BY-SA 2.5)
- Le NEMO à Amsterdam, Pays-Bas - Arch : Renzo Piano © Velvet (CC BY-SA 3.0)
- Mucem, à Marseille, France - Arch : Rudy Ricciotti © Quentin Caron (CC BY-SA 4.0)
- Musée Centre Pompidou de Metz, France - Arch : Shigeru Ban Architects et Jean de Gastines Architectes © Celeda (CC BY-SA 4.0)
- Louvre Abu Dhabi, Émirats Arabe Unis - Arch : Jean Nouvel © scottgunn (CC BY-NC 2.0)
- Salvador Dalí Museum à St. Petersburg, Florida - Arch : Yann Weymouth © Taty2007 (CC BY 3.0)
- Le Centre Georges-Pompidou à Paris, France - Arch : Renzo Piano © Cristian Bortes from Cluj-Napoca, Romania (CC BY-SA 4.0)
- Museo Guggenheim à Bilbao, Espagne - Arch : Frank Gehry © Naotake Murayama (CC BY 2.0)
- Fondation Louis Vuitton, à Paris France - Arch : Frank Gehry © Francisco Anzola (CC BY 2.0)
- Museu de Arte Contemporânea (MAC), à Niterói, Brésil - Arch : Oscar Niemeyer © Phx de (CC BY-SA 2.5)
- Museo Soumaya Plaza Carso y Nuevo Polanco à Mexico, Mexique - Arch : Fernando Romero © Fernando Romero Enterprise, Adam Wiseman (CC BY-SA 3.0)
- Museu de Arte de São Paulo, Brésil - Arch : Lina Bo Bardi © Morio (CC BY-SA 3.0)
- L'entrée principale du British Museum à Londres, Royaume-Uni - 1753 © Ham (CC BY-SA 3.0)
- Musée de Picardie à Amiens, France - 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Marie Crabié
Diaporama
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
Musée de Picardie à Amiens, 1878 © MonsieurDisorder (CC BY-SA 3.0)
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