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ReportageLa première édition du festival Closer Music était organisée les 25,26 et 27 janvier derniers à Lafayette Anticipations, au coeur du Marais à Paris. Dans un aller-retour permanent entre la musique et l'architecture, chacun était invité à investir l'espace.
Festival Closer Music - Lafayette Anticipations . Céline Gillain - Photo Martin Argyroglo
Festival Closer Music - Lafayette Anticipations . Céline Gillain - Photo Martin Argyroglo
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Ouvert depuis mars 2018, Lafayette Anticipations présentait la première édition du festival Closer Music les 25, 26 et 27 janvier derniers. L’occasion de revenir sur l’architecture atypique de ce lieu, centre culturel multidisciplinaire et siège de la Fondation Lafayette créée en 2013.

Avec l’ambition de « bouger les lignes et les murs » et de repenser l’expérience architecturale, le festival invitait les spectateurs à s’approprier l’espace selon la perspective qui leur convenait le mieux.

Une expérience intime

L’événement Closer Music promettait une expérience de l’intime, « celle de l’être attentif à sa déambulation dans le bâtiment » raconte Étienne Blanchot, programmateur musical de l’événement et résident du lieu. Trois niveaux ouverts au public permettaient en effet de visualiser la scène selon trois points de vue différents.

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations . Céline Gillain - Photo Martin Argyroglo

La cheffe de projet médiation culturelle Oksana Delaroff rencontrée sur place, explique : « au rez-de-chaussée, on a une horizontalité classique, au 1er étage le spectateur est comme dans un théâtre avec une vue plongeante sur la scène tandis que le dernier niveau provoque une sensation de vertige où le public est absent. On ne voit plus que la scène, avec cette sensation du dedans/dehors », ce qui, selon elle « modifie profondément l’expérience musicale ».

Et c’est là tout l’enjeu du festival : proposer un événement culturel dynamique, exigeant dans sa forme et capable de susciter des interrogations. Le festival se veut « pêchu » et à la fois « classe, mais pas lisse » précise Étienne Blanchot, à l’image de la performance de Pan Daijing qui commençait au premier étage à quelques centimètres du vide devant les barrières de sécurité. L’artiste joue avec les sensations du public en exploitant le potentiel du lieu.

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations . Pan Daijing - Photo : Martin Argyroglo

À noter que la performance fait cependant figure d’exception lors du festival. L’ensemble des artistes a préféré exploiter l’espace d’une manière classique : jouer, chanter, mixer, danser depuis la scène, le public en contrebas. 

Même chose côté public où il semblerait que cette proximité avec les artistes ait été préférée, la majorité des visiteurs profitant des créations depuis le rez-de-chaussée tandis que quelques curieux seulement s’aventuraient dans les étages supérieurs.

Une programmation « aventureuse » 

Disons que l’expérience était avant tout musicale, avec une programmation dite « aventureuse » selon Étienne Blanchot, au sens de la diversité des artistes programmés pendant trois jours.

Venus des quatre coins du globe, nombreux sont les groupes qui croisent différentes disciplines artistiques et abordent, à travers leur travail, les enjeux socio-politiques qui désormais « agitent notre monde ».

Sur scène, le duo Easter, ou la parfaite rencontre entre deux cultures, livre une performance empreinte d’un mélange de pop lo-fi, d’électro psychédélique et de dance. Entourée de ses machines, la détonnante Luna Maria Cedron pour Fiesta en el Vacio envoûte la salle de ses sonorités cold wave, suivie de l’artiste Tirzah, qui s’essaye à une production à la lisière entre pop, R’n’b et soul.

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations . Easter - Photo : Martin Argyroglo

Avec d’autres noms comme Stine Janvin, Lucy Railton, Jessica Sligter, Robert Görl, ou encore Céline Gillain, le festival propose d’explorer différentes facettes de la pop, genre musical qui évolue avec son temps. « Le nom du festival n’a pas été choisi par hasard » explique Étienne Blanchot. Il poursuit :

“On entend closer [ plus proche ] au sens de créer des passerelles entre les disciplines pour sans cesse questionner les points de vue.”

Une architecture singulière

Dans un aller-retour permanent entre la musique et l’architecture, le festival exploite l’espace comme un outils pour nourrir ces questionnements. L’accueil à droite, le comptoir boissons à gauche et la scène en face : Lafayette Anticipations s’ouvre sur une configuration relativement classique.

Pourtant, cet ancien bâtiment industriel réhabilité entre 2013 et 2017 par l’agence OMA de Rem Koolhas comporte une véritable prouesse architecturale. À l’origine construit pour le BHV de François-Xavier Ruel en 1891 par l’architecte Samuel Menjot de Dammartin, le 9 rue du Plâtre est un bâtiment industriel à la façade raffinée.

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations. Fiesta en el Vacio - Photo Martin Argyroglo

D’abord utilisé comme entrepôt, puis lieu de réparation de chapeaux de paille, dispensaire et plus tard institution de jeunes filles, le bâtiment a plus récemment accueilli des classes préparatoires à l’enseignement supérieur. Classé, il a gardé ses mêmes proportions après réhabilitation.

La particularité tient à la cour intérieure du bâtiment, fermée par l’architecte pour réaliser une tour d’acier sur 4 niveaux, qui soutient des plateaux modulables. Ceux-ci sont fixés sur une structure métallique composée de 6 poteaux.

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations - Photo Martin Argyroglo

Chaque plateau peut être divisé en 2. Ce sont donc 4 plateformes mobiles qui composent l’espace pour permettre 49 configurations différentes des lieux. À l’occasion du festival, l’une de ces plateformes constitue la scène au rez-de-chaussée, avec la fosse en contrebas.

Créer des passerelles entre les disciplines

Dans les faits, ça donne quoi ? Les plateformes sont manipulées avec grand soin et uniquement dans les périodes d’Interlude, autrement dit durant la pause d’un mois entre deux expositions. Les techniciens s’activent pour faire monter et descendre chacune des passerelles, afin de mettre en oeuvre LA combinaison qui correspond à l'événement à venir.

« Nous organisons des visites architecturales en mouvement à cette occasion » nous informe Oksana Delaroff. Elles sont « en mouvement » parce que le bâtiment prend vie : « c’est un vrai chantier, et le public apprécie de voir le côté vivant et plus concret de l’architecture. »

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations - Photo Martin Argyroglo

Ces visites permettent d’expliquer toutes les singularités du bâtiment réhabilité par Rem Koolhas, où l’architecture a été imaginée comme un véritable outils de communication entre artistes, disciplines et événements.

« Lorsqu’on organise des workshops au dernier niveau, l’architecture des lieux permet aux artistes situés en bas de profiter de ce qui se fait en haut » argumente Oksana Delaroff, pour expliquer que ce qui se fait en haut, peut s’entendre d’en bas grâce au système des plateformes et des grilles en fer perforées qui en constituent les contours.

Quand l’architecture s’adapte à la création artistique

La jeune femme affirme :

“L’espace s’adapte à la création artistique et non l’inverse.”

Une volonté affichée de la part de la Fondation à la fois pour ouvrir les lieux à un public plus large, amené à participer ou s’intéresser à diverses disciplines artistiques présentées par Lafayette Anticipation mais également pour offrir de nouveaux outils de travail et clés de réflexion aux artistes résidents.

Festival Closer Music - Lafayette Anticipations - Photo Martin Argyroglo

 « Le mot même d’anticipation(s) renvoie à cette idée d’aller chercher des gens de tous horizons pour leur faire découvrir quelque chose qu’ils ne connaissent pas, pour montrer l’art sous toutes ses formes » explicite Oksana Delaroff, pour, dit-elle « créer du désir ».

Un projet ambitieux pour lequel la Fondation se donne les moyens en proposant, dans le cadre du festival Closer Music, une programmation exigeante au coeur d’une architecture singulière, le tout à une tarification relativement accessible.

Marie Crabié
sur actu.archi
Revue de presse
Publication : "Habiter le monde" de Philippe Simay présente des lieux insolites qui invitent à repenser l'écologie
Les effets de l’urbanisation et du changement climatique convergent de manière dangereuse. Les villes sont fortement vulnérables aux changements climatiques et vont devoir s’adapter. Selon l’ONU, des centaines de millions de personnes dans les zones urbaines à travers le monde seront affectées par la hausse du niveau des mers, l’augmentation des précipitations, les inondations, les cyclones, les tempêtes plus fréquentes et plus fortes, les périodes de chaleur extrême et de refroidissement. Mais aussi les changements de vie en société comme le nouveau rapport au travail, à la société de loisirs, au bien-être, etc. Pourtant, à travers le monde, certaines villes déjà ont anticipé cette adaptation. Philippe Simay, dans son livre Habiter le monde (ARTE Editions), nous entraîne dans une épopée de l’habitat humain où l’homme a su s’approprier un espace pour y vivre en sécurité, en société et en harmonie avec l’environnement. « Car habiter c’est prendre soin du monde et de soi-même ».
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