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TémoignagesAlors que les Journées Nationales de l'Architecture mettaient, en octobre dernier, l'architecture du quotidien à l'honneur, nous nous sommes interrogés sur la forme que nos logements, nos commerces et nos bureaux devaient prendre. Humilité ou geste architectural : comment les architectes envisagent-ils le beau dans la ville ?
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À l'heure où les crises sanitaires, économiques, sociales et écologiques se multiplient, l'architecture se trouve à la croisée d'enjeux cruciaux pour notre avenir. Si l'on sait le fort impact environnemental du secteur de la construction, les projets aux coûts faramineux — aussi bien social, qu'environnemental et financier — continuent de fleurir aux quatre coins du globe comme autant de repères culturels, politiques et symboliques.

Alors que nombre d'architectes plaident pour le retour du «beau» dans la ville, doit-il pour autant passer par une forme de «geste», fruit de l'imagination de l'architecte entendu comme artiste ? Ou au contraire, l'architecte doit-il, aujourd'hui et au regard des divers enjeux que cela comporte, adopter une posture d'humilité dans le processus décisionnel qui intervient dans un projet aussi bien que dans le traitement esthétique de ce dernier ?

À l'occasion de la 5e édition des Journées Nationales de l'Architecture qui se déroulait du 16 au 18 octobre dernier autour de la thématique de l'architecture du quotidien, nous avons recueilli l'opinion de plusieurs architectes sur la question.

L'architecture du quotidien vue par...

Bernard Bühler : éduquer les gens au beau

KOO I NOOR - Kalelithos à Montpellier - Arch. Bernard Buhler © Julien Thomazo, via Agence Bernard Buhler

«Selon moi, tout importe dans un projet : c'est aussi important d'accorder de l'importance à la forme extérieure du bâtiment que de soigner l'aménagement des espaces intérieurs. C'est ce qui permet aux habitants d'un immeuble d’être fier de l’endroit où ils habitent et de pouvoir montrer leur immeuble et dire ‘‘regarde, j'habite là’’.

Je pense que le «geste architectural» n'est jamais gratuit et que bien au contraire, il permet de valoriser le quotidien notamment en apportant de la couleur dans la ville, souvent grise et morose.

Il y a des gestes d'architectes magnifiques. Mais force est de constater qu'aujourd'hui la majorité de ce qui se construit est plutôt médiocre. Et je pense que nous, architectes, avons un rôle à jouer dans le fait d'apporter du beau à la ville. Je pense que plus on éduque les gens aux beaux, plus on aura envie de concevoir du beau.» L'interview longue est à retrouver ici.

Manuelle Gautrand : la ville comme une partition

Interrogée par David Abittan dans le cadre du podcast Hors Concours, Manuelle Gautrand livrait sa vision de l'architecture et de la ville :

«Je pense qu’une ville c’est un peu comme une partition : il faut savoir être calme s’agissant de logements ou quand on est très proche d’un monument historique par exemple, mais quand on touche à certains nombre de programmes, culturels, publics, on se doit de réfléchir au sens et à la symbolique du projet que l’on va construire et de donner à son architecture une envergure qui permette d’en faire un signal dans la ville.

Je n’apprécie pas que l’on oppose l’environnement à une architecture d’auteur qui est une œuvre avec son dosage d’expressivité et qui fait trace et procure une émotion.

Ce n'est pour autant pas une architecture qui utilise plus de matière ou dont la construction émet plus de carbone. L'environnement est un enjeu fondamental que l'on retrouve, pas seulement avec des chiffres, des caractéristiques techniques et des règlementations mais aussi précisément dans la forme du bâtiment, son orientation vis-à-vis du soleil, etc.» Un témoignage complet à retrouver dans le podcast Hors Concours.

Dominique Gauzin-Müller : une architecture au service de ses usagers et du territoire

Maison Rauch en pisé (terre compactée) à Schlins, Vorarlberg, Autriche - Arch. Martin Rauch © Dominique Gauzin-Müller

«L'architecture frugale suppose une humilité par rapport à l’environnement du projet et à ses usagers qui ne me semble pas compatible avec le «geste» d'un seul concepteur.

Un architecte est avant tout au service de la société. Bien sûr, on peut être fier de son projet, mais en restant modeste et en valorisant le travail des autres acteurs.

On peut — et même on doit ! — apporter de la beauté dans la ville. Mais la concertation n'est pas incompatible avec la réalisation de bâtiments d'envergure, emblématiques et magnifiques ! Je connais bien des bâtiments frugaux dont l'esthétique est internationalement reconnue.» L'interview longue est à retrouver ici.

Umberto Napolitano, LAN : l'architecture, une œuvre collective par essence belle

Théâtre du Maillon - Arch. LAN © Charly Broyez

« Je sais ce que c’est l’architecture mais je ne sais pas s’il existe un geste. Il existe des espaces qui sont cohérents, construits en intelligence et qui sont dédiés à la collectivité. Selon moi, il faut différencier l'architecture et la construction. La construction est la technique à travers laquelle nous bâtissons des œuvres artefacts alors que l'architecture est une matière qui devance le questionnement.

Une architecture est par essence belle, parce qu'elle contient une forme de vérité et de cohérence qui la rendent belle.

L'architecture contient à la fois toutes les valeurs de beauté, d’écologie et de durabilité qui vont se redistribuer sous des angles différents. Elle est une œuvre collective qui doit répondre aux questions qui se posent aujourd'hui autant que celles qui se poseront demain. C'est tout l'intérêt et la force de ce métier qui devient une passion.» L'interview longue est à retrouver ici.

Sophie Delhay : le logement, ce laboratoire de la ville

À l'occasion du podcast Hors Concours, Sophie Delhay revenait, de son côté, sur son expérience en tant qu'habitante au sein d'une ville-nouvelle. Elle évoquait l'influence de son cadre de vie sur sa pratique en tant qu'architecte, bien plus tard :

«J'ai passé toute mon enfance à Villeneuve d'Ascq, ville-nouvelle en banlieue de Lille. C'était un véritable laboratoire du logement et je pense que ça a eu un réel effet émancipateur sur ma façon de voir le logement ensuite.

Dans mon imaginaire, ma culture, le logement c’est naturellement quelque chose de très multiple.

J’avais des copines qui vivaient dans les pyramides de [Michel] Andrault et [Pierre] Parat, dans des triplex chez [Alexis] Josic, moi-même je vivais dans une maison à patio de Wattel, chaque fois c’était des logements incroyables. J'ai des souvenirs d'espaces, de volumes, des sensations : je ne me suis pas rendu compte de l'impact de ces architectures vécues pendant longtemps, je m'en rends compte maintenant.» Un témoignage complet à retrouver dans le podcast Hors Concours.

Marie Crabié
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