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#JNArchiL'hôtel d'aujourd'hui sera-t-il celui de demain ? À l'heure où la crise sanitaire vient bousculer l'économie du tourisme, certaines institutions misent sur une offre d'espaces de travail plus ou moins adaptés à ce nouvel usage. Tour d'horizon avec le journaliste Olivier Namias, co-commissaire d'une exposition sur les hôtels parisiens. Cet article est rédigé à l'occasion des Journées Nationales de l'Architecture qui se tiendront du 16 au 18 octobre prochains, autour de la thématique "architecture du quotidien".
Paris Bastille Boutet - exposition Hôtel Métropole au Pavillon de l'Arsenal © Karl Hab, Pavillon de l'Arsenal
Paris Bastille Boutet - exposition Hôtel Métropole au Pavillon de l'Arsenal © Karl Hab, Pavillon de l'Arsenal
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«Jadis, on réservait une chambre à la journée (ou à l’heure) afin de vivre discrètement une aventure amoureuse ; aujourd’hui, c’est la promesse alléchante d’une journée de travail sans être interrompu…», témoignait la télétravailleuse Emma Jacobs, après avoir testé l'offre “travail à distance” du Stafford Hotel, installé en plein cœur de Londres. Une véritable «bouffée d'air frais» pour cette journaliste du Financial Times que le travail à domicile rendait «de plus en plus irritable».

À défaut de partir en vacances, ou même de profiter du «grand lit double et ses draps fraîchement lavés» de la chambre d'hôtel réservée pour la journée, elle profite alors d'un cadre agréable aux airs de voyage d'affaires à l'heure où les hôtels disposent d'espaces libres, vidés de leurs touristes. La capitale française n'a d'ailleurs pas été épargnée par la crise rappelait The Atlantic-Washington à la fin de l'été, si bien que «les restrictions des déplacements internationaux ont fait chuter de 86 % le taux d’occupation des hôtels

Les dynamiques pour l’hôtel de demain

Alors que le secteur du tourisme est en berne, miser sur la location d'espaces de travail constitue-t-il une solution viable pour la survie du secteur hôtelier ? Si l'on parle aujourd'hui de résilience de la ville et de ses habitants, d'adaptation des espaces et de réinvention des usages, que dire d’un programme qui, par définition, dépend du tourisme et de l’événementiel, encourage le partage des espaces et favorise la rencontre ?

Le lobby du citizenM La Défense, 2017 © citizenM

Olivier Namias est journaliste d'architecture. Bien avant que la crise sanitaire ne vienne bousculer l'organisation du tourisme à l'échelle mondiale, il s’intéresse de près à la filière hôtelière et plus particulièrement à son parc francilien. Pour le Pavillon de l'Arsenal, il présente avec sa consœur Catherine Sabbah l'exposition Hôtel Métropole jusqu'en janvier 2020. Ils y détaillent le «portrait de la ville par anticipation» que constitue, depuis le milieu du XIXe siècle, le programme hybride de l'hôtel à la croisée du commerce, de l’industrie et de l’habitat :

«En termes de confort, d’hygiène, de techniques de construction, l'hôtel a toujours été à la pointe de la modernité et de l’innovation.»

Du palace parisien aux chaînes hôtelières inspirées des modèles américains, le secteur innove autant qu’il rationalise le service, l’équipement et les espaces «au rythme de la société de consommation» et du développement du tourisme de masse tout au long du XXe siècle. «Depuis le milieu de l’an 2000, c’est plus difficile de miser sur les innovations technologiques, concède Olivier Namias, si bénéficier du wifi dans la chambre et les 200 chaînes de télévision était innovant à une époque, ça paraît aujourd’hui dépassé.»

Un modèle à réinventer

Dépassées, les réflexions menées par Olivier Namias avant la crise sanitaire le sont-elles aujourd'hui ? Quelques mois seulement avant le confinement, il revient sur la manière dont il présentait alors l'exposition :

«Je disais que le secteur du tourisme était florissant, qu’il ne connaissait pas la crise avec près d’1,5 milliard de touristes attendus dans le monde pour 2020. Nous étions bien loin de penser que de nombreuses enseignes auraient leurs portes murées quelques mois plus tard.»

Aujourd’hui, lui aussi s’interroge. «Je n’ai pas revu les personnes avec qui j’avais longuement discuté pour mes recherches, mais de nombreuses questions sont en suspens pour la suite.»

Novotel Bercy - exposition Hôtel Métropole au Pavillon de l'Arsenal © Novotel Paris Centre Bercy

Avant la crise sanitaire, le secteur mise en effet sur l’innovation en termes d’usages de l’hôtel lui-même. Outre la location des chambres d’hôtels en journée, sont aussi mis en avant l'organisation d'événements pour favoriser les rencontres, la mise à disposition d'espaces multifonctionnels, d’équipements sportifs ou encore de bien-être. Autant d’activités aujourd’hui remises en cause.

«Les événements que nous traversons semblent aller à l’encontre de toutes les dynamiques de l’hôtel qui, dans ses formes récentes, brasse énormément de monde sur de petites surfaces partagées», se désole Olivier Namias. À l’instar de CitizenM ou de Mama Shelter, deux institutions de chaînes hôtelières — respectivement néerlandaise et française — dont l'offre se veut abordable, et inclut des services à mi-chemin entre l’hôtel, l’auberge de jeunesse, l’espace de détente et de co-working.

De l'hôtel au bureau, il n'y a qu'un pas

C'est d'ailleurs sur ce dernier volet du travail que parient bon nombre d'institutions depuis leur réouverture, l'idée de travailler à l'hôtel étant, à en croire le site de réservation Dayuse spécialisé dans ce type de recherche, «très séduisante». À Paris, des institutions qui proposaient un service hôtelier avant la crise sanitaire comme le Deskopolitan par ailleurs spécialisé dans le coworking, revoient désormais leur offre pour se concentrer sur le volet travail. Les cofondateurs du projet Alexis Rebiffé et Paul Chevrillon expliquent voir, dans leur nouvelle offre d'espaces privatifs aménagés en bureaux, « une alternative pour faire perdurer [leur] activité de coworking et pouvoir ainsi remplir les chambres de l'hôtel largement délaissées depuis mars» même si «cela ne pourra pas rattraper la perte du chiffre d'affaire sur l'activité de l'hôtel», tempèrent-ils.

Doit-on alors imaginer des chambres plus équipées qui formeraient des zones d’activités à elles-seules ou au contraire des espaces plus épurés ? Employer des matériaux plus simples à nettoyer ou installer des systèmes de nettoyage innovants lorsque les espaces sont inoccupés telles que des lampes UV ? Comment favoriser la flexibilité des espaces pour transformer des chambres la nuit, en espaces de réunion le jour ? «Peu importe la solution choisie, ce sont des réflexions qui modifient profondément l'organisation des hôtels et nécessitent des travaux coûteux qui ne peuvent être réalisés du jour au lendemain», prévient Olivier Namias.

Selon le journaliste, l'ensemble de ces réflexions doivent répondre à une question fondamentale : «Dans cette période restreinte, que va-t-on chercher à l'hôtel ? Veut-on s'y sentir comme chez soi, ou va-t-on au contraire, y chercher une expérience hors du commun ? La question de l'hôtel de demain se pose vraiment.»

Cet article est rédigé à l'occasion des Journées Nationales de l'Architecture dont tema.archi est partenaire média. Rendez-vous les 16, 17 et 18 octobre dans toute la France !

Marie Crabié
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