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ÉtudesDepuis le début du confinement, de nombreux étudiants en architecture peinent à mener leurs projets de fin d'études (PFE, stage) comme ils l'auraient souhaité. Une difficulté qui exacerbe les inégalités et fait peser des risques de détresse psychologique et physique pour certains d'entre eux. Le déconfinement n'y a rien changé.
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En pleine période de fin d’études, Maryse Bouyeure étudie depuis chez elle, à Rouen. « J’ai passé tout mon confinement ici, et j’y suis toujours. Le déconfinement change très peu de choses pour moi pour le moment. » Étudiante à l’ENSA Normandie, la jeune femme estime profiter d’une situation relativement confortable, en ce qui concerne l'espace mais aussi son équipement pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions.

“Ce qui est difficile avec le temps qui passe et au fur et à mesure que l’on rentre dans les détails du projet, c’est plutôt de ne pas pouvoir échanger autour d’un calque et d’un crayon. Ça pénalise énormément, ça fait retarder la réflexion.”

Après l'étape d’analyse qu’elle mène dans le cadre de son atelier d’urbanisme, elle entre désormais dans la phase de dessin du projet. « On trouve des astuces en dessinant de manière numérique ou en filmant ce qu’on a dessiné mais on aurait envie de montrer et de discuter. Le virtuel a ses limites », conclut-elle.


"Le déconfinement, l'architecture, les études et vous" | Discussion web ce mardi 19 mai à 18h


Les limites du virtuel

Un constat que Jacob Durand, étudiant en master à l’ENSA Saint-Étienne, partage lui aussi. « Je suis très attaché à l’école, aussi bien pour le bâtiment que son fonctionnement, songe le jeune homme. Même si on a pas cours tous les jours, on gravite autour, on y travaille en groupe ce qui nous permet d’échanger et de se donner des idées les uns les autres, raconte-t-il. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué à mettre en place, même pour les corrections de nos travaux au sein des ateliers, il nous a fallu quelques semaines pour trouver un fonctionnement adéquate. »

Studio confiné © Jacob Durand

Alors que dans les premiers temps, son professeur privilégie l'appel hebdomadaire individuel avec chacun des étudiants de l’atelier, ils décident par la suite de mettre en place un système de correction collective via Skype permettant de « recréer cette émulation de l’atelier, sans le bâtiment de l’école. Le contact informel manque aussi, poursuit Jacob, aujourd’hui, on échange beaucoup plus entre promotions et non plus avec des [étudiants de] 1ère ou 2ème année qu’on pouvait croiser dans les couloirs par exemple. »

Des stages à expérience variable

Actuellement en stage et étudiante en double diplôme architecte-ingénieur à l'ENSA Nantes, Laure Gombert fait elle aussi l’expérience d’une année inédite. « À Nantes, nous avons tout un semestre dédié au stage, explique-t-elle, ce qui le rend d’autant plus important pour notre expérience et l’entrée sur le marché du travail ensuite. » Pourtant comme la plupart de ses camarades, elle s’est trouvée dans l’obligation de télétravailler dès le début du confinement.

« Les échanges que j’ai avec l’agence sont beaucoup plus limités sans le langage informel dont on profite en temps normal. Selon les étudiants, les situations sont relativement variables, certains travaillent énormément, d'autres font moins que s'ils étaient en présentiel », confie la jeune femme.

Exposition des travaux de l'atelier, en février 2020 © Jacob Durand

Roxane Pelissier, étudiante à Paris-Malaquais actuellement en année de césure échange régulièrement à ce sujet avec son entourage. Elle témoigne :

« En tant que stagiaire, en tout cas au début on ne nous confie pas des tâches de conception directement. La situation change pour ceux qui ont commencé leur stage plusieurs semaines avant le confinement, les choses ont pu s'installer d'une autre manière. Mais pour ceux qui le débutaient à peine en mars, l'expérience du stage n'est pas optimale du tout. »

Des étudiants concernés

En tant que membre du séminaire — auto-géré — zéro qui interroge les conditions de penser de l’architecture, du métier à la pédagogie de  la discipline, Roxane rédigeait début avril, une lettre au nom du Collectif des étudiants concerné.e.s  dans laquelle elle appelle à prendre en compte la complexité de la situation, et demande aux écoles d’architecture « de mesurer toutes les possibilités, d’admettre de la souplesse dans les programmes pédagogiques déjà établis, et surtout de ne pas prendre de décisions précipitées alors que nous sommes pour l’instant incapables d’évaluer la durée de ce confinement et ses impacts. » Elle rappelle par ailleurs que «prétendre à une réelle continuité pédagogique pendant ce confinement reviendrait à admettre que nous n’avons plus besoin d’école physique, ce qui aurait des conséquences désastreuses .»

“Nous avons souhaité rappeler que tous les étudiants ne sont pas égaux dans leur confinement, et que même pour ceux qui peuvent travailler dans de bonnes conditions, la situation reste stressante et n’est pas forcément propice pour travailler.”

Un sentiment partagé par Maryse dont « l’humeur est très variable », tandis que Jacob y trouve de son côté « une rigueur de travail plus forte et une démarche assez positive. J’ai aussi conscience qu’à l’ENSA Saint-Étienne, nous avons été assez chanceux quant à l’organisation de l’école, poursuit-il. Même si on navigue beaucoup à vue, les directives quant aux jurys de PFE ont été données dès le mois d’avril, [soit passer la soutenance de PFE en juin en visioconférence ou espérer la passer en présentiel en septembre] et c’est très important pour moi que ce climat se maintienne. »

Des conditions de travail inégalitaires

Si l'étudiant a, lui, pu se « recréer son atelier à domicile », la situation parait beaucoup plus précaire pour d’autres, obligés de se confiner dans un petit logement et contraints par leur accès Internet. Une situation préoccupante à laquelle les établissements ont tour à tour tenté de répondre, en proposant la mise à disposition d'ordinateur, ou en apportant une aide financière pour pallier les difficultés d'accès à Internet. Mais Élise Roy, enseignante à l’ENSA Nantes interrogée au début du confinement le concède : « C’est très difficile pour nous de savoir dans quelles conditions sont nos élèves actuellement. »

Le petit studio de l'étudiante Manel Chouikrat, L3 à l'ENSA Nancy © Manel Chouikrat

Dans une lettre rédigée le 4 mai par des étudiants et professeurs de l’ENSA Nantes, le Conseil de vie étudiante de l’ENSA Nantes alertait notamment la direction d’un « problème grave de surcharge de travail, plaçant certaines de ces étudiants en détresse physique et psychologique. » Cette question n’a pour le moment pas reçue de réponse selon Laure Gombert qui siège au Conseil d’administration de l'école.

« On évoquait déjà ces problématiques avant le confinement, mais elles n’ont fait que de s’aggraver ces dernières semaines et il existe un vrai manque de sensibilisation de tous les acteurs au sujet de la surcharge de travail énorme que l’on subit en tant qu’étudiant en architecture, cette culture de la charrette qui est maintenue par tout le monde. » L’étudiante concède toutefois une adaptation du corps professoral à la situation, de nombreuses adaptations des modalités de rendu et une plus grande écoute accordée aux étudiants. 

« On fait surtout les frais du manque de concertation entre les différentes instances aujourd’hui. »

Des décisions prises au compte-goutte

Alors que la décision d’organiser les jurys en visioconférence dès le mois de juin ou plus potentiellement en présentiel en septembre n’a pas encore été prise au sein de l’ENSA Nantes, l’ENSA Saint Étienne ou encore celle de Normandie ont déjà sondé leurs étudiants pour s’inscrire à l’une ou l’autre des sessions.

« On a eu que quelques jours pour se décider à la fin du mois d’avril, et j’ai beaucoup hésité, raconte Maryse qui s’interroge sur sa capacité à avancer sur son projet autant que prévu, pour le moment j’ai choisi de le passer en juillet en visioconférence car je ne sais pas comment va se passer l’été et je n’ai aucune vision sur septembre même si ce n’est pas ce que je souhaitais pour ma fin d’études. »

Maquette de Solveig Marolleau en carton recouvert de journal pour camoufler les différents cartons © Solveig Marolleau

Jacob de son côté envisage désormais son projet sous un nouvel angle : « Je travaille complètement différemment que si je le faisais en présentiel donc j’espère que ces 3 mois en extra me permettront de développer autre chose, d’aller plus loin. »

« Certains étudiants veulent passer à autre chose et commencer leur vie professionnelle à compter de septembre, d’autres accordent une importance au présentiel et espère passer leur jury de fin d’études comme ils l’avaient toujours imaginés », appuie Laure. Pour l’étudiante qui participe au débat au sein du Conseil d’administration de son école qui statue actuellement sur les conditions prochaines de déroulement des jurys de PFE, « il est difficile de pouvoir se projeter sereinement dans de telles conditions, on est toujours dans l’inconnu. »

Dans l'inconnu pour les prochains mois

Comment les entrées en école se feront-elles alors ? Les cours reprendront-ils normalement à la rentrée ou devront-ils s’effectuer encore un temps à distance ? Si avec le déconfinement, certaines écoles rouvrent progressivement leurs portes au personnel administratif, les annonces quant à l’organisation des prochains mois restent très mesurées, compte tenu de la situation incertaine.

« On a eu très peu d’information pour le moment, c’est en cours de discussion », confirme Roxane pour Paris-Malaquais. « On est aussi conscient de notre côté que tout le monde subit cette situation d'incertitude. »

Marie Crabié
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