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PatrimoineEt si la baignade pouvait se conjuguer à un environnement architecturale remarquable ? Alors que les piscines rouvrent progressivement leurs portes sur tout le territoire, zoom sur 10 de ces bassins artificiels, historiques ou contemporains, à l'architecture singulière.
Piscine © Jacques Paquier (CC BY 2.0)
Piscine © Jacques Paquier (CC BY 2.0)
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L'histoire des piscines sur le continent européen, c'est d'abord celle des bains publics et des thermes dédiés, dès l'Antiquité, à la baignade mais aussi à la purification et le nettoyage des corps. C'est également celle, à compter de la fin du XVIIIe siècle, de l'apprentissage de la natation, dont le terme apparaît en France pour la première fois en 1785.

Retour en 10 réalisations sur le développement d'une pratique sportive tardive en France, associée à de nouvelles normes hygiénistes et fonctionnalistes qui ont inspiré la construction de bassins artificiels aux architectures singulières. 

La natation, ce nouveau sport

« Jusqu'au début du XIXe siècle, les campagnes de Napoléon contribuent à la systématisation de l'apprentissage de la natation. On sort de la seule pratique hygiénique et de l'activité ludique pour faire de la piscine un lieu dédié à la nage » selon les informations rapportées par la journaliste Pauline Petit dans son article Histoire de la piscine : comment est née la nage en boîte publié sur France Culture.

C'est une pratique «importée des pays anglo-saxons qui nécessite des longueurs définies, une eau à peu près tranquille et où les nageurs peuvent à la fois nager dans les mêmes conditions et de préférence [avec] un bassin couvert pour pratiquer la natation plus de deux-trois mois par an», explique ainsi le conservateur du patrimoine Antoine Le Bas dans le cadre de La Petite Leçon de Ville sur les piscines municipales au Pavillon de l'Arsenal.

Piscine Château-Landon - Paris 10 © HDM75 (CC BY-SA 4.0)

Pourtant au XIXe siècle, les piscines se font rares sur le sol français, si bien que la population se baigne dans les rivières et autres cours d'eau, mais davantage pour faire «trempette». «Au début du XXe siècle, la France compte 20 piscines, dont 7 à Paris, quand l’Allemagne en possédait 1 362 et l’Angleterre 806», poursuit le spécialiste.

Les premiers bassins excavés

Les premiers «bassins excavés» de France apparaissent autour de 1870 à l'image de la piscine de l'École Saint-Nicolas d'Issy ou encore celle du Lycée Michelet dans le parc du Château de Vanves. À Paris, la piscine de Château Landon est commandée dès 1882 par la Société Française de gymnastique nautique.

Première piscine couverte et chauffée, elle est aménagée par l'architecte Lucien-Dieudonné Bessières et les ingénieurs Paul Christmann et Edmond Philippe au cœur d'un ancien bâtiment industriel dont sont conservées les poutres métalliques, avec un bassin central autour duquel s'alignent plusieurs étages de cabines en encorbellement. Elle est reconstruite dans le style paquebot en 1925 à l'occasion de travaux d'élargissement des voies de la Gare de l'Est dont elle est proche. À la même époque, un vaste chantier est entrepris par la ville de Paris pour pallier au manque de piscines dans la capitale.

Couleurs et matériaux

On retiendra notamment la conception, en 1924, de la piscine de la Butte-aux-Cailles par l'architecte Louis Bonnier, devenue symbole architectural du style Art Nouveau avec ses trois espaces circulaires incrustés de pavés de verre ornant la voûte de la halle de bassin, et son béton apparent caractéristique des piscines des années 1930.

Nouvelle piscine de la Butte-aux-Cailles (1924) © Agence de presse Meurisse — Bibliothèque nationale de France

Le bâtiment, déjà réhabilité en 1990, se voyait offrir une nouvelle jeunesse en 2014 à la suite de l'intervention de l'agence TNA Architectes dont l'objectif est alors de «restituer la perception sobre et fonctionnelle du projet d’origine [avec les] couleurs monochromes des revêtements de la halle bassin, les jeux de lumières naturelles et artificielles et une remise en valeur des vestiaires dans leur esprit initial.»

Mais Paris n'est pas la seule ville à se voir doter de nouveaux équipements publics dans l'entre-deux-guerre. À Rennes, la piscine Saint-Georges, successivement pensée par l'architecte de la ville Emmanuel Le Ray dès 1911, puis Jean Janvier et Alfred Daniel est finalement livrée en 1926.

Pour sa façade aussi bien que son espace intérieur, le bâtiment de style Art Déco étonne par la diversité de ses couleurs et ses matériaux — brique jaune et rouge, éléments de tuffeau, de ciment ou des frises de grès. À l'intérieur, les mosaïques bleus de grès cérame habillent cabines, douches et couloirs tandis que le pourtour du bassin se voit orné d'une frise de vaguelettes et volutes par le céramiste Isidore Odorico.

Édifice répertorié dans la base Mérimée, base de données sur le patrimoine architectural français du ministère de la Culture © Lilipiapia (CC BY-SA 3.0)

Une approche hygiéniste

Quelques années plus tard, d'autres piscines à l'architecture Art Déco verront le jour, comme la piscine municipale de Bègles Les Bains dessinée par Armand Blanchard en 1932, la première piscine publique couverte de l'agglomération bordelaise. Une construction en béton armé constituée d'un bâtiment pour la piscine couverte — désormais transformé en aire de jeux par Patrick Bouchain en 2006 — et d'un autre pour les bains-douches. La façade du bâtiment et les murs extérieurs, ornée d'inscriptions en mosaïques et motifs géométriques, témoignent, eux aussi, du contexte architectural des années 1930.

Non plus pour satisfaire les nageurs mais plutôt les vacanciers cette fois-ci, la ville de Bruay-la-Buissière se dote, en 1936, d'une piscine —de Roger Salengro — en plein air, imaginée par Paul Hanote dans une approche fonctionnaliste et hygiéniste. Réalisée dans un style paquebot au cœur des corons, la piscine comprend trois bassins en béton armé surmontées de terrasses ainsi que de plusieurs plongeoirs. Elle était rénové en 1997 et constitue, aujourd'hui encore l'un des lieux emblématiques du patrimoine contemporain de l'Artois.

À Toulouse, le choix est fait de séparer les activités de baignade en hiver et en été, en faisant appel à l'architecte Jean Montariol avec l'aide de l'ingénieur Charles Baruteaud pour construire la piscine Alfred Nakache en deux bassins, l'un en 1931 et l'autre en 1934. Le bassin d'été est, au passage, le plus grand de France bien que non classé comme une piscine du fait de sa faible profondeur.

Piscine municipale Alfred Nakache en 1964 (fonds André Cros, Archives municipales de Toulouse) © André Cros, Conseil Municipal de la Ville de Toulouse (CC BY-SA 4.0)

Rattraper son retard

La natation devenue une pratique sportive et de compétition — notamment par le biais des fédérations sportives qui se multiplient entre 1958 et 1968, les Trentes Glorieuses constituent l'occasion pour le gouvernement, de lancer le plan « 1000 piscines » un programme national de construction de piscines industrielles « Parce que la France, fier peuple de nageurs, rentre humiliée du Mexique, où se sont déroulés les JO d'été de 1968 », avance Le Point.

Lyon, anciennement piscine du Rhône devenue centre nautique Tony © David (CC BY-NC-ND 2.0)

Déjà en 1961, la ville de Lyon réfléchit à ses équipements sportifs dans le cadre de sa candidature aux Jeux Olympiques pour 1968. En bordure du Rhône à Lyon, l'architecte Alexandre Audouze-Tabourin imagine le centre nautique Tony Bertrand rendu visible par ses lampadaires monumentaux ainsi qu'un auvent de béton projeté en direction de la rive qui prolonge l’entrée traitée, tout comme les soutènements, à l’aide d’un jeu de bossages rustique.

Brouiller la frontière intérieur/extérieur

Des 1000 piscines 700 seront construites dont près de 200 sur le modèle de Tournesol inventé par Bernard Schoeller, qui s'est éteint le 28 avril dernier, apprenait-on dans Le Monde :

«Ces structures radiales dont la morphologie évoque un peu les admirables squelettes d’oursin que l’on ramasse sur les plages abritent des bassins de 25 mètres. Elles sont formées d’arcs métalliques en treillis soudé qui convergent vers un grand tambour cylindrique formant clé de voûte et permettant que pivotent deux parois de 60 degrés, ce qui permet d’ouvrir le bâtiment sur le tiers de sa périphérie.»

Détail d'une arche d'une piscine Tournesol © Aproche (CC BY-SA 3.0)

Si nombre d'entre elles ont été détruites ou abandonnées, certaines ont été rénovées et sont encore en service à l'instar de la piscine Toulouse Lautrec, dont la coupole était remplacée en 2006 ou encore celle de Lingolsheim, dans le Bas-Rhin, rénovée par l'agence Urbane Kultur.

Brouiller les frontières intérieur/extérieur

Si le principe d'ouverture de la piscine Tournesol est ensuite abandonné, la volonté de brouiller les frontières entre espace intérieur et extérieur est de plus en plus fréquente dans la conception de piscines à l'orée des années 2000. À l'instar de la piscine Joséphine Baker à Paris de l'architecte Robert de Busni inaugurée en 2006, dont la particularité, en plus d'être construite sur une péniche, est de disposer d'une couverture de verre en hiver qui s'ouvre en été.

Les années 2000 sont enfin le temps des complexes aquatiques, qui fleurissent progressivement sur le territoire français — une trentaine serait en service actuellement. Entre autres, Jean Nouvel conçoit Les Bains des Docks au Havre en 2008, associé à Odile Soudant. Inspiré des thermes romains, le parc s'étend sur près de 5000 m² et compte pas moins de dix bassins. Sa rénovation en 2014 lui vaudra de figurer parmi les 10 «meilleures piscines urbaines du monde» selon The Telegraph, aux côtés notamment, des bains naturels de Myvatn situés au Nord de l'Islande ou encore le Centre aquatique international de Sydney. Rien que ça.

Marie Crabié
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